Plus normal tu meurs

histoires de voir_emmanuelle_la vache qui ritSans odeur ni saveur. Fade, insipide et parfois même indigeste, la normalité cristallise aujourd’hui la quintessence du bon goût, détrônant l’audace qui a longtemps étanché notre soif d’idéal. Qui aurait cru que la « mollassitude » finirait par gagner le bras de fer ? Réalisme oblige, le mainstream a la côte : à tel point que la perle rare relèverait presque de la banalité, et les grands destins d’une époque révolue. Si la moindre extravagance peut désormais porter préjudice, à quoi bon se forcer à sortir du lot quand il suffirait simplement de vivre peinard, fondu dans la masse et son confort routinier ?

« Normal », ni plus ni moins. Le "bon gars", la « girl next door », le geek un peu mou sur les bords : autant de héros ordinaires que l’on pourrait réunir dans une édition spéciale de Mes chers voisins, succès d’audience garanti. Cette douce fable d’une petite vie tranquille: n’est-ce pas au final ce que tout le monde recherche désormais ? À l’abri de l’envie, de la comparaison et des regards indiscrets. Le plan-plan dans toute sa splendeur. « Être original c’est, en un sens, mettre en valeur la médiocrité des autres, ce qui me paraît d’un goût très suspect. » disait Ernesto Sabato. Quand la singularité peut parfois paraître hautaine, la dite platitude n’a jamais réussit à personne, et ce malgré les faux-semblants. S’il faut se brûler les doigts pour briller dans l’adversité, difficile de contredire la sagesse d’un vieux dicton russe : « Qui risque rien ne boit pas de champagne ». Car c’est si bon de sentir le sang pétiller dans ses veines…Et renouer avec l’envie d’oser.

Névrose psy

nevrose-psy« Psychologiquement corrects » s’abstenir. À l’heure où la thérapie s’est imposée dans toutes les sphères de la société occidentale comme une nouvelle croyance, Alain Valterio dénonce les effets pervers de cette « psyrose » dans un livre polémique et percutant. « Ce néologisme s’est imposé à moi en raison du fantasme qu’il fait miroiter : une vie sans blessures dont il faut profiter comme d’une friandise », écrit-il pour introduire son ouvrage Névrose psy.Un bien de consommation comme un autre, somme toute, où l’impératif de bonheur transforme le moindre dérapage en pathologie inquiétante, et chacun d’entre nous en victime potentielle. De quoi frôler l’hypocondrie quand la soft dictature échoue bien souvent à mettre le patient à l’abri de toute épreuve, et ce malgré ses discours complaisants.

nevrosepsySi les dogmes d’un monde rose bonbon donnent toujours la raison au plus faible, l’excès de psychologisation serait-il en passe de nous rendre tous fous à petit feu ? Quitte à devoir écouter son "enfant intérieur", autant essayer de vivre – vraiment – sans intellectualiser à outrance. L’auteur l’affirme, c’est autour de nos « erreurs que parfois nous nous construisons le mieux »: alors autant apprendre à faire passer la pilule plutôt que d’avaler des cachets.

Back to business

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Drriiiing ! À peine reposés, nous voilà prêts à retrousser les manches, appréhendant la reprise et le stress du rush à venir. C’est reparti pour un tour. Les rues se remplissent, les pas s’accélèrent, la chorale des klaxons reprend de plus belle…déjà. Si les vacances paraissent toujours trop courtes, la pile de dossiers délaissée au bureau semble quant à elle ne jamais désemplir, nous attendant de pied ferme pour sonner le glas de la dolce vita estivale. L’arnaque.

De tous les réveils difficiles accumulés en une vie, celui de la rentrée a toujours été pour moi le plus détestable, la seule idée de renouer avec la routine dégonflant mon moral plus vite qu’un flan. Coup de mou radical. À l’époque du collège déjà, les nouvelles fournitures servaient de bien maigre consolation à la corvée des devoirs : le constat n’a pas changé avec les années. Bonjour tristesse. Après l’euphorie de la trêve, voici le blues de l’après congés : et plus aucun sucre ne suffit à dissoudre l’amertume du café matinal. Pire qu’une fin de récré.

Rangeons les mouchoirs! Plutôt que de faire le deuil des vacances, pourquoi ne pas prolonger leurs bienfaits si elles relèvent avant tout d’un état d’esprit positif ? Pour repartir du bon pied, encore faut-il revêtir les bottes adéquates, que les idées noires et les violons ne rendront pas plus lustrées. Mollo sur les ristrettos pour se redonner un petit coup de fouet : cette année, la rentrée s’annonce cosi. Avec une fine mousse et un nuage de lait s’il-vous plait, les touillettes occuperont les cancres pendant les réunions à rallonges. Et un fond de whisky pour le boss, il appréciera l’attention.

Sociologie de la plage

sociologie de la plageDu lavabo a l’écarlate en moins d’une demi-journée. La double humiliation dont tout le monde se passerait bien en débarquant sur la côte, surtout après avoir bataillé tout l’été contre le complexe du maillot. À chaque jour suffit sa peine, et à la plage son lot de bourrelets. Noyé dans la masse de cet étalage de chair, à peine osez-vous tomber la chemise que le sosie de James Bond sort de l’eau pour vous ramener à votre condition de simple mortel, condamné au SPF puissance max au risque de finir écrevisse. La classe.

Cheveux au vent, la démarche assurée : lui, personne ne l’éclabousse. Pas même les volleyeurs ni les projectiles de sable lancés par les enfants, dont le point de chute se trouve immanquablement sur votre serviette flambant neuve. Quel chic. Surtout quand vous venez de vous tartiner de monoï, avec un contorsionnisme digne d’un grand maître yogi. Aubaine inespérée de secourir la demoiselle en détresse ? Le voisin appréciera, depuis le temps qu’il vous colle alors que la plage est vide (pour une fois). Des mateurs professionnels à l’homme phoque et en passant par le vendeur de churros, les spécimens marins ne manquent pas dans l’art gâcher le plaisir. En vous détournant de votre préoccupation principale : rentrer hâlée sans cramer. Quand bien même vous avez – volontairement – oublié vos lectures à l’hôtel pour lézarder en mode veille, ouvrez l’œil : la plage est un microcosme digne du plus loufoque des zoos, une comédie humaine à ciel ouvert n’ayant rien à envier aux téléréalités de l’été.

Accablée de paresse

paresseLe bonheur de ne rien foutre. Succombez-y une seconde et vous voilà muter en larve humaine en moins de deux. La flemme. Moins on en fait, moins on en veut : c’est toujours ainsi que commencent les vacances, avec un planning pavé de bonnes intentions. Décrocher du boulot, lâcher du lest, céder aux douceurs de la "slow life"… et finir par caler à force de ralentir la cadence. De la parenthèse au point mort. A croire que le manque d’action épuise autant qu’une semaine de travail acharné, écrasant jusqu’à la volonté de se lever le matin pour mettre en marche la machine à café. L’horreur. Si je ne suis pas de ceux qui aiment organiser des congés plus musclés qu’une opération commando, mon malheur tient au fait que je ne parviens pas à rester en place, au risque de finir dans le même état qu’un lion en cage. Dépressive, angoissée et envahie d’un sentiment d’impuissance, plus détestable encore que la fatigue assommante du vendredi soir.

La flemme. Quelques jours de glandouille auront suffit pour que l’oisiveté se transforme en calvaire, une léthargie paradoxale qui me répugne et dans laquelle je me complais pourtant parfaitement. Productivité zéro, aucune pression à l’horizon, et personne pour me rappeler de surveiller ma boite mail. Serait-ce donc ça, le relâchement ? Difficile de s’y faire quand on a passé toute l’année à courir, mais pourquoi se priver de l’appel de Morphée quand l’esprit n’a besoin que du vide ? Un luxe d’autant plus jouissif lorsque l’on sait qu’on en sera privé jusqu’au prochain été. Doucement le matin, pas trop vite le soir non plus…voilà un rythme qu’on adopte plus vite qu’on ne le pense.

Boucle-la !

Faucon yaka Grande gueule. Quelle autre expression typiquement « frenchy » pourrait-elle mieux qualifier les « Je-sais-tout » qui nous agacent ? Spécialistes de tout et experts en rien, ces nuisibles ne ratent pas la moindre occasion d’étaler leur confiture, quitte à déborder sur les tartines des autres sans y avoir été conviés. Qu’importe si leur science infuse aussi mal qu’un sachet de thé premier prix, surtout quand l’urgence d’ouvrir son bec devient palpable. Sous couvert d’un « caractère fort » en réalité infantile, le bien-pensant rappelle l’oisillon braillard incapable de fermer son clapet. Il piaille et piaille, sans jamais décoller du nid : la dialectique du « qui parle trop et agit peu ».

Le verbe haut, les mains liées, rien de tel que de prodiguer aux autres ce que l’on est incapable d’appliquer à soi-même, soulageant la conscience sans bouger le petit doigt. Du "faut qu’on" au "y a qu’à", le grand écart est plus facile à dire qu’à faire, avec un flegme qui n’a plus rien du doux charme britannique. Gare à la remarque de travers qui déclenchera le courroux, et les flots de salive se déverseront jusqu’à ce que l’interlocuteur boive la tasse. Gavé et pantois. Si au fond d’elle la grande gueule adore qu’on vienne la chercher, bien souvent ses longs discours finissent par tourner en monologue tragique. À défaut de conquérir les applaudissements tant attendus du public, elle saura pimenter à juste dose les dîners insipides, et même réveiller le plus inerte des « meubles-vivants ». Les vertus du sang chaud, sans doute.

L’esprit au féminin

lesprit-au-femininL’à propos. Un art aussi subtil à manier qu’une cuisson à point, dans lequel les femmes ont su exceller au salon comme en cuisine. Sans en tirer la même reconnaissance que les hommes, malgré de l’esprit à revendre et une impertinence à tomber. Lettrées, actrices ou humoristes : si l’on oublie souvent de les citer, l’erreur se voit en partie réparée grâce à l’anthologie concoctée par Macha Méril et Christian Moncelet, compilation téméraire et alerte des meilleures pépites de ces dames. Marguerite Duras, Anne Roumanoff, Françoise Sagan et bien d’autres: L’esprit au féminin rend justice à leur phrasé aérien, marqueur d’une répartie remarquable faisant autant sourire que grincer des dents. De vraies langues de vipère, s’exclameront certains en parcourant les répliques et notamment celle d’Helen Rowland. "Une femme n’a besoin de connaître qu’un seul homme pour les comprendre tous, alors qu’un homme peut connaître toutes les femmes sans en comprendre une seule". Entre aphorismes, jeux de mots et jugements audacieux, cet ouvrage retrace plus de cinq siècles d’humour, sur des thèmes proches du quotidien de tous : l’amour, la vie, la société ou la famille, les défauts des uns et des autres, sans oublier les infidélités.

"Aimer la compagnie intellectuelle des femmes, c’est considérer aussi que, de toute évidence et en matière de profondeur, il n’y a pas que leur décolleté qui soit parfois vertigineux." affirme Christian Moncelet en guise d’introduction. Si toute vérité n’est pas bonne à entendre, le "beau sexe" est souvent parvenu à imposer la sienne avec un tact exemplaire, tirant son épingle du jeu sans se piquer pour autant. Un "savoir-rire" à lui seul.