Même les politiques ont un père

meme-les-politiques-ont-un-pere-emilie-lanezManquant, trop présent, ou tout simplement absent : même les politiques ont un père. C’est ce que rappelle le dernier ouvrage d‘Émilie Lanez dans lequel la journaliste livre une analyse inédite du rôle que les relations paternelles ont joué dans l’ascension de nos dirigeants, témoignages de leurs proches à l’appui. De Manuel Valls à Nicolas Sarkozy et en passant par Marine Le Pen, son enquête se penche sur plusieurs cas d’école dont les carences affectives n’ont fait qu’accroître l’appétit du pouvoir, comme si l’ambition politique servait à panser leurs blessures familiales. Par esprit de revanche, mais pas seulement. «À les écouter confier leurs souvenirs, les plus tendres comme les plus douloureux, il apparaît qu’aucun des politiques d’aujourd’hui n’est vraiment parvenu, même ceux qui font mine de le croire, à s’affranchir du père.» Quand Pal Sarkozy n’a de cesse de rabaisser son fils, on apprend que les petites blagues de François Hollande n’ont pour but, au fond, que de faire rire son père Georges, «un homme noir, si noir». La bonhomie comme contrepied.

«Tuer le père» pour s’extraire de son emprise ? Entre blessures narcissiques, admiration ou amertume, l’essai d’Emilie Lanez se garde pourtant bien de tirer des conclusions freudiennes hâtives, préférant ouvrir la voie à de nouvelles pistes de réflexion. Pour souligner que les grands fauves, eux aussi, peuvent être blessés ailleurs que dans l’arène politique.

Un élu en guerre contre le gaspillage alimentaire

article-gaspillage-alimentaire-good-planet-arash-derambarshIl est bien loin le temps où les grands-mères nous forçaient à finir nos assiettes !  Alors que chaque Français jette entre 2 et 100 kilos de nourriture chaque année, un élu de Courbevoie, Arash Derambarsh, a décidé de forcer les supermarchés à donner leurs invendus aux associations caritatives. Retrouvez mon interview sur Goodplanet et n’oubliez pas de signer sa pétition : c’est pour la bonne cause !

20 bonnes raisons d’arrêter de lire

emmanuelle_histoires de voir_20 bonnes raisons_Pierre Menard (1)Que ceux qui n’ont jamais ouvert un seul livre de leur vie cessent d’avoir honte ! Ils devraient même le revendiquer haut et fort. C’est du moins le message que délivre le joyeux pamphlet de Pierre Ménard, dans lequel l’auteur passe en revue tous les risques auxquels s’exposent les bibliopathes, à commencer par celui de s’écorcher. « Combien d’innocents lecteurs se blessent chaque année en tournant les pages de livres médiocres, quand ils ne sont pas abjects ? » Vu l’ampleur du fléau, on se demanderait presque pourquoi aucune étude ne s’est jamais penchée sur la question. Lire la suite

Les Bas-fonds du Baroque

Les-bas-fonds-du-Baroque-Petit-Palais-Paris-24-02-24-05-2015Derrière la grandeur de Rome, l’envers du décor. Si l’histoire a voulu retenir du XVIIe siècle l’opulence de la cité des Papes, le Petit Palais s’est mis au défi de montrer, pour la première fois, le pendant populaire de cette capitale hors-pair. Misère, vice, violence et sexualité débridée : tel est le programme que propose l’exposition « les Bas-fonds du Baroque » à travers une série de 70 tableaux réunis en collaboration avec la Villa Médicis, offrant un regard inédit sur le quotidien de l’époque. Dans l’ombre et la débauche, la Rome souillée des quartiers oubliés. Lire la suite

La toilette, naissance de l’intime

naissanceintimeC’est la première fois qu’un musée met à nu le rituel de la propreté. Réunissant des oeuvres d’artistes majeurs du XVe siècle à nos jours, Marmottan-Monet présente jusqu’au 5 juillet la première exposition jamais dédiée à la toilette : un acte devenu aussi essentiel que banal. Alors que les femmes d’aujourd’hui ne ressentent plus aucune gêne à dévoiler leurs produits de beauté, il n’en était rien aux origines du rite hygiénique. D’abord inexistante, puis sèche, sociale ou même publique, la conquête du «propre» a franchi bien des étapes avant de se réfugier dans l’intimité d’une salle de bain moderne, isolée du reste du monde et des regards indiscrets. Pour devenir cet instant d’abandon où le temps n’existe plus.  Lire la suite

Comment paraître intelligent ?

pierre-menard-comment-paraitre-intelligentQui a dit que le QI d’une huître ne pouvait pas révéler une belle perle ? S’il n’y a aucun mal à se moquer des abrutis, Pierre Ménard préfère quant à lui exposer 1001 façons de paraître intelligent dans un «Petit bréviaire destiné à ceux qui ne le sont pas, écrit par quelqu’un qui aurait besoin de le lire». Un concentré de subtilité et d’humour, indispensable à tous ceux qui veulent épater la galerie sans passer pour des benêts.«On se plaint avec raison des discriminations qui touchent les femmes, les Noirs, les homosexuels, les petits, les roux, les gros… et ceux qui ont le malheur d’être tout cela à la fois. Pourtant, il existe une discrimination bien plus odieuse, et d’autant plus scandaleuse qu’elle est socialement acceptée. Je veux parler, bien entendu, de celle qui frappe les imbéciles.» Lire la suite

Pourquoi faire simple ?

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Dure, la vie est dure: surtout quand on excelle dans l’art de vouloir la compliquer à tout prix. Voilà un trait de caractère qui m’insupporte et dont j’ai pourtant bien du mal à me défaire : ce qui, pour ne rien gâcher, rend les choses encore plus difficiles qu’elles ne le sont. Imaginez le casse-tête. Quand certains adorent s’encombrer de bibelots inutiles (quitte à transformer leur studio en foir’fouille), d’autres se meurtrissent à coups d’impératifs et d’«il faut», quitte à finir noyé dans un verre d’eau. À moitié vide, de surcroît.  Lire la suite

Magique, le numérique

le flux numérique_histoires de voir_emmanuelle«Ma poche couine, ma main sonne, la table vibre, mon oreille résonne.» Si l’Homme 2.0 ne frotte plus de silex pour faire jaillir les flammes, il n’en reste pas moins un cyber primitif happé par le mirage de l’innovation numérique. «D’un clic, d’un seul, (l’internaute) peut exprimer ses désirs, satisfaire ses espoirs aussi bien que ses pulsions, sans que personne ne s’y oppose, sans effort et avec effet immédiat.» Le tout par la seule volonté de son doigt divin. C’est le constat que dresse Hervé Fischer dans son dernier essai La pensée magique du Net, via l’analyse d’une technologie prodigieuse dont les vertus rejoignent souvent les effets psychotropes, y compris chez l’utilisateur le plus averti.

pensee-magique-net« Nous aimons toujours autant la magie, nous les modernes, que les premiers hommes.»

«Nous croyons au numérique comme à une nouvelle promesse, comme à un mythe salvateur.» Au point de vouloir porter son organe cellulaire en permanence, avec un besoin quasi-vital : hyperconnecté et en quête d’une existence supérieure, comme si la réalité ne suffisait plus à elle-même. À tort, d’après l’auteur, «car notre dépendance au superorganisme gonfle avec l’inflation de la communication que nous observons aujourd’hui.» Le doigt fébrile, pendu au fil d’actualité et à l’affût de la moindre notification, faut-il débrancher pour savoir raison garder ? Pas si sûr. Aux oeillères, Hervé Fischer préfère de loin exercer nos «capacités de fascination critique»: histoire de faire durer le plaisir virtuel sans se laisser duper. Aussi incontournable qu’aliénant, «le numérique est plus puissant que le feu. Plus humain». Raison de plus pour conserver sa capacité «à jouir de la réalité dont nous avons le privilège ici-bas.» Car le propre d’un mythe est d’enchanter l’existence, non pas de la vampiriser.