Revivre

revivre-fredericwormsUn verbe aux sens contradictoires, exprimant à lui seul l’ambivalence de l’être et l’une des clés de notre époque maniaco-dépressive. Ce terme, c’est « revivre » : renaître à nouveau mais aussi se replonger en soi-même, ou se laisser rattraper « par un passé qui ne passe pas ». Une double expérience en plein coeur du dernier livre de Frédéric Worms, dont la lecture tombe à pic en cette période estivale si propice à la méditation et à la découverte de soi. « Chaque année, sans se lasser, le merveilleux printemps raconte à nouveau l’histoire de cette résurrection », notait Vladimir Jankélévitch dans son Traité des vertus. Et à l’été d’amener le sentiment « d’être vivant » à son comble … sans pour autant oublier l’hiver. En ce sens, le sous-titre choisi par le philosophe, « éprouver nos blessures et nos ressources », est lourd de signification. Quiconque a connu la mort, la maladie ou le chagrin, a déjà été traversé par cette sensation troublante lorsque la vie « reprend » avec un immense soulagement. Un nouveau départ. Cette tension permanente, entre résistance et délivrance, fait tout l’objet de la pensée de l’auteur, pour qui « l’avenir n’est pas un horizon, toujours reculé, mais une avancée, incessamment reprise. C’est le fait de marcher et de voir qui suscite l’horizon du monde et de l’action ». Ainsi, ses nombreuses références à Dante, Nietzsche ou Kierkegaard ne présentent pas seulement l’occasion de réviser ses classiques, mais bien de renouer avec l’intensité de son existence malgré l’agitation du monde contemporain. Pour prendre « soin des blessures de chacun mais aussi des ressources de tous ». Un art de « revivre » qui pourrait bien être le seul possible aujourd’hui.

Espace vital : alerte à l’invasion

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« Pot de colle ». À Paris, force est d’admettre que l’expression ne s’applique pas qu’aux couples neuneus, surtout si l’on est adepte des transports en commun. Heure de pointe oblige, chaque sortie de bureau vous emporte dans un rapport fusionnel (consenti ou non) avec l’ensemble de vos voisins de métro, le temps d’un trajet moins glamour que celui que vous vantent les pubs pour « s’envoyer en l’air » entre deux stations. « Pas avec n’importe qui ? » Tu parles. Un coup de coude par ci, un croche pied par là, des frottis en veux-tu en voilà : de quoi repousser les limites d’un espace vital déjà confiné dans son 20m2 parisien. Une taille coquette dont on s’accommode… jusqu’à ce qu’une tierce personne vienne l’envahir. Lire la suite

Tapis rouge pour Velázquez

velazquezManet le qualifiait de « peintre des peintres ». Près de quatre siècles après la mort de Diego Velázquez, le Grand Palais lui consacre une rétrospective d’autant plus attendue que ses productions se font rares dans les musées français. Une première annoncée comme événementielle malgré l’absence des Ménines, le chef d’œuvre absolu dont le musée du Prado ne se sépare jamais. Si Velázquez a longtemps rêvé de devenir le peintre attitré du roi d’Espagne, ses portraits officiels ne représentent qu’une partie de la visite, dont les sections reprennent plutôt la trame biographique d’un artiste aussi talentueux que mystérieux. Lire la suite

Au saut du lit

emmanuelle_histoire de voir_insomnieSi l’avenir appartenait vraiment à ceux qui se lèvent tôt, je serais multimillionnaire depuis longtemps. Sans blague. Quand certains prennent l’habitude d’avancer leur montre de 10 minutes pour éviter les retards, j’ai très vite compris que quelque chose dysfonctionnait avec mon horloge interne. Chaque nuit, la même rengaine : 6h30 et mes yeux s’ouvrent d’eux-mêmes. Indépendamment, bien sûr, de l’heure à laquelle je me couche : sinon ce serait trop simple. Petite, déjà, j’avais pris l’habitude de me lever aux aurores: pour profiter de la ville encore endormie, avec la sensation exquise de la voir s’éveiller rien que pour moi. Sans qu’aucun bruit ne vienne perturber ma contemplation. Ou presque. Car c’est sans compter le camion-poubelle qui s’est incrusté dans ce précieux rituel depuis que je vis à Paris. Impossible d’ouvrir la fenêtre, de savourer un café ou une clope sans entendre un klaxon, ou un vrombissement qui réveille en fanfare tout l’immeuble à heure fixe. On en regretterait presque le chant du coq.

Si je chéris encore aujourd’hui ce moment matinal, force est d’admettre qu’il ne fait qu’aggraver ma « dette de sommeil ». Depuis le début, dormir n’a jamais été « mon truc ». Même quand je n’étais encore qu’un bébé, c’est dire. Se lever trop tôt, se coucher trop tard : les cycles s’inversent avec l’âge mais la constante reste la même. Cinq-six heures en mode veille, à tout péter : et me voilà prête à déplacer les montagnes…du moins la première moitié de la journée. L’impatience de vivre, sans doute : la vie n’est-elle pas trop courte pour la passer à pioncer ? Quant à ceux qui vivent le saut du lit comme un vrai cauchemar en enviant les lève-tôt, savourez vos grasses mat’. C’est un luxe qui n’est – biologiquement –  pas donné à tout le monde. Et souvent on en rêve, aussi courtes que soient nos nuits.

Tout pour réussir sa période décès

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« Mort de rire ». C’est ainsi que l’on pourrait résumer le dernier recueil d’épitaphes de Philippe Héraclès, dont l’humour grinçant s’est déjà illustré dans plusieurs ouvrages, notamment « Le grand livre de l’humour noir », « Des fins pour défunts » ou encore « Feu à volonté ». Car s’il n’ « y a que dans les films que l’on ne meurt pas pour de vrai », bien choisir son épitaphe demeure la seule garantie de s’assurer l’immortalité tant souhaitée. En dédramatisant sans tabou un sujet pourtant grave et difficile. Puisque la fin justifie les moyens, l’éditeur a concocté un cocktail détonnant d’épitaphes plus drôles les uns que les autres, tranchant clairement avec les ornements que l’on retrouve sur les sépultures de nos anciens. De quoi conjurer la fatalité d’un passage sur Terre éphémère, ou d’un destin que certains croient encore incertain. « Pour une fois, personne ne va essayer de me piquer ma place », « Je ne pensais pas qu’un jour je descendrai si bas », « Je suis bien parti pour y rester » ou encore « Je suis hors je » sont autant de pieds de nez que Philippe Héraclès lance à la mort, dont un seul suffira au bonheur posthume de tout bon vivant qui se respecte. « Tous pour un, tous pourris » : voilà un humour qui fera se retourner plus d’un mort dans sa tombe.

Des épidémies, des animaux et des hommes

francoismoutouSIDA, vache folle, rage, ou dernièrement Ebola : et si les maladies émergentes étaient révélatrices de la gestion approximative du monde par nos sociétés ? Alors qu’aucun jour ne passe sans que les médias n’évoquent la présence de multiples risques sanitaires, François Moutou revisite l’histoire de ces maux à la lumière des relations que l’Homme entretient avec les autres vivants. Aurait-on fait fausse route ? « Nous avons oublié non seulement que l’espèce humaine est également d’origine animale, mais aussi que pendant la plus longue partie de notre histoire nous nous considérions comme une espèce parmi les autres. Nous imaginer différents, à part, représente un point de vue assez récent et probablement prétentieux. » Lire la suite

Jean Paul Gaultier habille le Grand Palais

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Après avoir exposé ses créations aux quatre coins du globe, Jean Paul Gaultier fait escale au Grand Palais jusqu’au 3 août 2015, de retour dans sa ville de cœur. Avec une rétrospective à son image : détonante et décomplexée, la promesse d’un vrai show.

Dès l’entrée, « l’enfant terrible de la mode » donne le ton. En accueillant lui-même les visiteurs via une projection animée, aux côtés de plusieurs autres mannequins aux regards aguicheurs. Clin d’oeil sexy sur fond d’humour : on en oublierait presque que l’on se trouve dans un musée.

La mode ? Gaultier s’y intéresse surtout pour sa dimension de spectacle, en défilé comme au Grand Palais. En témoigne la scénographie audacieuse de l’exposition, qui se joue des codes établis en écho à ses précédentes créations: corsets, trench coat et inspirations punk cancan succèdent à son emblématique marinière, dont il avoue avoir toujours aimé « l’aspect graphique et architectural ». « Ma mère m’habillait avec des pulls marins, ils vont avec tout. C’est un basic, un vêtement qui ne se démodera probablement jamais. »  Lire la suite