Du bonheur de déplaire

« Peu me chaut ce que narre l’écrivain. Je veux être emporté par son style. Parfois, j’ai tant envie de voler des phrases qu’il me vient des envies de meurtre. »

Pour un premier post, je crois qu’il m’aurait été difficile de trouver meilleure accroche. Ca va grincer. Armé de sa plume aiguisée et de sa prose corrosive, le soldat Pierre Drachline part une nouvelle fois en croisade solitaire. Pour en finir avec l’espèce humaine et les Français en particulier, aux éditions du Cherche Midi. Un énième coup de gueule voué à se perdre parmi tant d’autres ? Plutôt un rappel au désordre. « L’homme est la seule espèce animale disposée à être dressée. Elle réclame à cor et à cri d’être confiée à un dompteur ». Aïe. Partant du principe qu’il n’y a que la vérité qui puisse fâcher son lecteur, l’auteur distribue des claques et lance des piques à tout va, pour réveiller cette planète « devenue un navire-hôpital dont tous les passagers sont en coma dépassé ».

Dans cette léthargie collective, tout le monde en prend pour son grade, du politique aux écologistes et en passant par le bobo parisien. « Les gus au pouvoir ressemblent de plus en plus souvent à des statues de boue. Les pigeons n’ont même plus le cœur à les décorer de leur fiente ». Ahuri par l’inertie de la société néocapitaliste actuelle, Pierre Drachline déverse sa colère sur toutes les strates du système, y compris sur ceux qui affirment vouloir le combattre, ces «insoumis conformes de toutes les révolutions ». « Le réactionnaire a le verbe haut et flamboyant. Le style efface les miasmes d’une pensée où le ridicule le dispute à la bêtise ».

Qu’il accuse, bouscule, provoque et dérange à la fois, cet atrabilaire misanthrope ne manque pas moins de susciter la sympathie de son lecteur. Non sans surprise, lui qui se délecte tant du « bonheur de déplaire ». Vindicatif, pamphlétaire, Drachline brille par son style efficace et épuré : rien ne manque à son plaisir.

« Qui s’asseoit se couche ». Sans concession à l’égard de ceux qu’il critique, l’auteur ne propose pas pour autant une quelconque possibilité de sortie. Isolement volontaire ou suicide collectif ? Qu’à cela ne tienne, cet enfant assoiffé d’absolu se veut radical jusqu’au bout. Si « la parole doit être terroriste », c’est dans ses excès que l’auteur parvient finalement à libérer le lecteur. Plus qu’un électrochoc, une catharsis vivifiante.

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5 réflexions sur « Du bonheur de déplaire »

  1. Voilà qui m’intéresse et me fait penser, entre autre, à  » L’Art de l’insulte  » Arthur Schopenhauer ( Textes réunis et présentés par Franco Volpi ).Ce n’est là, plus acide, mais ultra corrosif !

  2. Merci d’attirer mon attention sur cet ouvrage. Se mettre régulièrement en colère contre l’espèce humaine, et ce par écrit, est sans doute la meilleure preuve d’amour qu’on puisse lui offrir.
    Votre Blog est très intéressant, merci de prendre le temps de partager vos observations, pensées et analyses avec nous.

  3. Voilà un bouquin qui peut s’avérer salutaire…
    Je profite de ce post pour saluer votre travail sur ce blog que je viens de parcourir. Chaque article est intéressant, et mon café du matin a eu un meilleur goût 😉

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