Du bon usage du matriarcat

Nanas, mamas, reine-mères et matronnes. Alors que l’époque ne cesse de saluer la progression sociale des femmes, le cliché du tyran domestique – encore bien présent dans le vocabulaire courant – renvoie toujours aux prétendues dérives du matriarcat. Entre peurs fondées et fictives, un petit point s’impose. Car la ménagère aguerrie sait bien qu’il ne faut jamais mélanger torchons et serviettes.

Tout bon machiste vous le dira : “Dieu créa la femme pour servir les hommes”. Insatisfait de la noble tâche qui lui était confiée, le sexe dit faible s’est depuis rebiffé en ayant même l’audace du féminisme, se libérant et réformant les institutions pour les rendre plus égalitaires envers X et Y. Si ce mouvement de pensée a contribué à l’émancipation des femmes et à leur épanouissement professionnel et privé, il a mis le doigt sur la conception de suprématie masculine et d’androcratie, au sein du foyer y compris. “The Personnal is Political (littéralement, le personnel est politique) ”. Ces propos de Carol Hanisch, repris en 1970 par Kate Millet dans Sexual Politics, montrent bien que la différence n’a désormais plus lieu d’être entre la sphère privée et publique. C’est même par la suppression de l’incapacité juridique de la femme mariée et de son devoir d’obéissance que le père a perdu son statut de chef de famille. Lentement mais sûrement, les dames sont parvenues à faire tomber les barrières les mieux enracinées dans la tradition sociétale. Cette petite “revanche” suffit déjà pourtant à faire frémir plus d’un homme. Car tout le monde sait que la femme est vile, perfide et qu’elle a même osé croquer dans la pomme du pêché : donnez-lui le petit doigt et elle vous mangera tout le bras.

Une histoire fantaisiste ?

La légende veut que le patriarcat fût instauré pour mettre fin à une domination féminine décadente et chaotique. Que ces messieurs s’apaisent, la société matriarcale ne serait en réalité rien de plus qu’“un mythe au sens propre”, d’après une interview que l’anthropologue Françoise Héritier a accordée au magazine Le Point. “Les mythes ont pour fonction de justifier pourquoi les choses sont comme elles sont. Ils ne racontent pas une réalité historique antérieure, mais une histoire qui justifie que les hommes dominent maintenant les femmes et détiennent le pouvoir.” La théorie a beau faire débat, il n’en reste pas moins que certains peuples vivent encore aujourd’hui dans une tradition matrilinéaire : autrement dit, où la femme est entièrement responsable de la transmission.

Vers un nouvel ordre des genres

Hyperactives, autosuffisantes et maintenant maîtresses de leurs corps, certaines arrivent même à se hisser à la tête du pouvoir et s’affirmer alors que personne ne les attendait au tournant. Malgré ces évolutions, le constat est sans appel : si les femmes n’ont plus besoin de descendre dans la rue pour clamer leurs droits, le monde d’aujourd’hui n’en reste pas moins essentiellement masculin. Quel est donc le fondement de cette peur panique du matriarcat, si ce n’est la crainte d’être à la traine ? Il est loin le temps des amazones et l’époque où Catherine II de Russie menait à la baguette un empire tout entier ; la donne actuelle annonce plutôt un juste rééquilibrage des pouvoirs entre les sexes. A la tête de la patrie, des armées et du foyer, l’homme s’est progressivement vu dépouillé de ses repères identitaires sans en trouver de véritable compensation. Il serait pourtant inutile de s’affoler : Dame Nature a eu le bon sens de réserver certaines extravagances aux mantes religieuses uniquement. Les femmes ont beau vouloir “porter la culotte” à l’excès, la virilité du slip restera à jamais l’apanage des hommes.

Publicités

13 réflexions sur « Du bon usage du matriarcat »

  1. En Occident les hommes ont en effet du soucis à se faire. Au Moyen Orient ce sera plus problématique, les tenants du patriarcat – sous couvert de religion – étant assez extrémistes (et c’est un euphémisme).

  2. C’est très juste ce que dit Françoise Héritier. Tres belle citation.
    Sur cette critique du mythe d’un matriarcat archaïque j’ai lu le très beau livre illustré de Claudine Cohen « La femme des origine ».

  3. Un très intéressant web docu sur une société matrilinéaire actuelle, en Chine : http://www.liberation.fr/monde/2013/10/21/les-moso-societe-sans-pere-et-sans-mariage_941265
    Il est intéressant de noter que chez elleux, il n’y a pas de mot pour « guerre » ou « prison »…
    Et aussi que malgré tout, les femmes se tapent l’essentiel du boulot, pour que les hommes soient en forme la nuit, paraît-il, comme quoi même dans une société matriarcale, les hommes se débrouillent quand même pour bien tirer leur épingle du jeu 😦

    1. Un grand merci pour le lien, j’en ai regardé quelques extraits, c’est vraiment passionnant ! En plus tu atteins mon point sensible, tout ce qui touche au bouddhisme et au Tibet…

  4. C’est drôle que certains le voient comme un mythe.
    Il y a encore des sociétés basées sur le matriarcat aujourd’hui, et déjà au temps de l’ancienne religion et du paganisme, la femme jouait un rôle essentiel…

    Matriarcat et féminisme sont aussi deux choses différentes.
    Et ce besoin d’égalité homme-femme qui revient dans l’actualité devient lassant. Nous sommes différents, c’est tout : )

    Bon article qui donne à réfléchir 😉
    Et j’aime ta subtilité finale (Dame Nature …)

  5. Slip ?? hé, nous aussi on aime le confort !

    Plus sérieusement, il me semble que tout changement, quel qu’il soit, induit une crainte qui nous fait hésiter, une crainte qui nous laisse souvent dans l’état actuel : pas de changement donc.

    Et pourtant ! en tant que membre masculin (!), je me positionne en faveur du Changement, quel qu’il soit, et passer à d’autre système sociaux sans leader ni fort ou faible devrait être dans nos cordes.

    Malheureusement, les ficelles dont tu parles sont tirées, non pas par des personnes « sexuées », mais par des intérêts financiers, des intérêts de capitaux, et si la guéguerre des sexes est bankable, alors…

    1. Merci beaucoup Elisabeth ! Je ne pense pas qu’elle remette en cause l’existence des sociétés matrilinéaires en tant que telles, mais plutôt la conception « exagérée » que l’imaginaire collectif en a construit.
      Pour être certain de ce qu’on avance, il aurait fallu vivre aux époques concernées : nous ne pouvons aujourd’hui qu’engager la discussion et échanger nos points de vue 🙂

      1. Je ne puis m’empêcher de penser que cette conception « exagérée » a tout de même ses raisons d’être, bien que les exemples d’un féminisme « castrateur » ou des femmes au pouvoir donnent à réfléchir…
        En tout cas, merci pour ces échangent enrichissants

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s