L’envers des dentelles

Un sain voyeurisme. Jusqu’au 24 novembre, La Mécanique des dessous lève le voile sur l’envers du costume aux musée des Arts décoratifs, à travers une histoire indiscrète des sous-vêtements du XIVsiècle à nos jours. Tendres complices d’un corps sans cesse soumis aux diktats de la mode, ces délicats artifices transcendent souvent leur fonction esthétique première. Corsets, « faux cul », baleines et ceintures d’estomac sont autant de subterfuges servant à sculpter l’allure idéale, faite de décolletés pigeonnants, de fessiers bombés et d’une taille qui ferait pâlir d’envie les guêpes elles-mêmes. On est loin du fameux canon 90-60-90, dont la dite tyrannie ne provoque pas autant d’épidémies d’évanouissements dans les vestiaires.

Soutien-gorge bustier, 1950 Vancouver, collection Melanie Talkington © Patricia Canino
Soutien-gorge bustier, 1950
Vancouver, collection Melanie Talkington
© Patricia Canino

« À corps droit, âme vertueuse ». Plus qu’un dicton, cette règle de vie n’épargne ni les enfants ni les Hommes. Les Messieurs étaient même précurseurs en la matière, avec cette finesse du « dessous de la ceinture » dont ils ont le secret. Que les dames gloussent à cœur joie devant les ersatz de braguette, l’ambiance intimiste et énigmatique de l’exposition leur offre le luxe d’un lèche-vitrine anonyme. Sans réserve aucune, cette extension généreuse du pénis mettait en lumière – au sens propre comme au figuré – les attributs virils de l’entrejambe masculine. Sur les cuirasses militaires y compris, histoire d’intimider l’adversaire et peut-être même le faire fuir.

« Ce qu’il y a de moins à la mode en ce moment, c’est la ligne droite. » La Mode illustrée (1864).

Pur produit de son époque, la silhouette naturelle n’a plus lieu d’exister. Torturée, emprisonnée et sans cesse remodelée, c’est en véritable caméléon qu’elle se plie aux modes successives pour transcender son identité essentielle. La renaissance du corset repris par des créateurs tels que Dolce & Gabbana ou encore Jean Paul Gaultier en apportent la preuve ultime, les armatures mécaniques en moins. Marqueur des tendances actuelles et fruit de la volonté du Pygmalion qui sommeille en tout individu, le corps aujourd’hui n’est rien sinon un fait culturel.

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17 réflexions au sujet de « L’envers des dentelles »

  1. Tout ce qui flatte et met en valeur une silhouette , ok mais pas à n’importe quel prix ! les corsets ont fait des ravages en leur temps ( du genre perforation pulmonaire à cause des côtes malmenées…des femmes sont mortes à cause de ça ) . Mais, il me semble que, si le vêtement est un atout non négligeable, il y a aussi l’état d’esprit qui entre en jeu , des yeux malicieux et charmeurs, cela vous habille aussi joliment une femme, non ?

  2. J’aurais beaucoup aimé découvrir cette expo ! C’est vrai que poitrine pigeonnante et taille de guêpe restent un véritable fantasme masculin mais féminin aussi … mais je ne suis pas sûre qu’aujourd’hui, je serai très heureuse d’avoir un corset à porter !

  3. « Plus qu’un dicton, cette règle de vie n’épargne ni les enfants ni les Hommes. Les Messieurs étaient même précurseurs en la matière, avec cette finesse du « dessous de la ceinture » dont ils ont le secret. »
    ========================================================
    C’est vrai, j’avoue un peu tout miser là-dessous.
    😎

  4. Salut ! c’est vraiment chouette et délicat, ah les dentelles du XVIIIème siècle, cela m’a toujours fait rêver c’est pourquoi j’aime beaucoup la première photo, merci du partage et bon week end ! @plus tard sur wordpress 🙂
    Frédéric.

  5. Joli compte-rendu!
    Il est impressionnant de constater à quel point ce thème suscite les commentaires masculins si rares en mode!
    On ne peut guère nier que la mode et le corps sont des constructions culturelles. Mais, je trouve dommage de ne tirer qu’une conclusion négative de ce constat – comme c’est si souvent le cas: nous sommes tout de même moins aliéné(e)s aujourd’hui et plus libres dans nos vêtements qu’à l’époque des corsets et armatures en métal! L’usage qu’en ont fait des couturiers comme Jean-Paul Gaultier est tout de même largement réservé aux grandes occasions et au spectacle…
    On peut objecter que la contrainte – la minceur musclée – est aujourd’hui intégrée. Ce n’est pas faux. Mais, notons qu’alors qu’aucune grande dame de la cour ne pouvait se soustraire à son statut vestimentaire… nous pouvons nous soustraire sans grand dommage au « diktat » de la minceur!
    Bref, je trouve que cette expo donne aussi l’occasion de mesurer le chemin parcouru et à quel point, nous avons nous les femmes, notamment, gagné en liberté. Nos prédécesseures n’ont pas jeté leur soutiens-gorges pour rien… même si nous en portons souvent à nouveau aujourd’hui!

  6. C’est une joie, Poline de vous voir discourir, d’une manière toujours passionnante sur ce « sain voyeurisme », avec en plus le constat, un peu accablant, sur la volonté de plier le corps aux désidératas de mode à travers les siècles.
    Certes, la taille de guêpe est toujours alléchante mais quelle torture et une question de taille : « comment faisaient-elles pour respirer ? ».
    J’avoue que le passage sur « l’histoire d’intimider l’adversaire et peut-être même le faire fuir » a provoqué un accès de hilarité incontrôlée 😀

  7. Certes Jean-paul Gautier a repris le fantasme de la taille de guêpe et des seins bien pointus mais bon, HEUREUSEMENT, les textiles d’aujourd’hui sont beaucoup plus « souples » (grâce à l’elasthane notamment….;))))

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