Le patient, première victime du marketing médical

« Tout bien portant est un malade qui s’ignore ». Docteur Knock.

Cholestérol, dépression, ostéoporose: constamment alerté, l’Homme moderne ne semble avoir jamais subi autant de maux. Un excès de médecine finement orchestré dont le docteur Sauveur Boukris révèle les ficelles dans son dernier livre La fabrique de malades.

Comment le monde médico-industriel parvient-il à « créer » des maladies ?

9782749118253Leader européen du médicament, la France compte aussi parmi les plus grands consommateurs de tests biologiques et d’interventions chirurgicales dans le monde. Cette « hyper-médicalisation » découle d’un système qui s’appuie à la fois sur l’industrie pharmaceutique, les leaders d’opinion et les recommandations des hautes autorités de santé pour fabriquer toujours plus de malades. Le patient étant bien sûr la première victime de la surconsommation.

Maniant à merveille le marketing médical, les laboratoires multiplient la médiatisation des évènements comme la Journée mondiale du diabète et jouent constamment sur les peurs pour manipuler médecins et population. Le concept de « pré-dépression » en est une excellente illustration : son caractère alarmant transforme une question typiquement médicale en problème de santé publique. Appuyé par des personnalités de renom (souvent instrumentalisées par l’industrie) pour promouvoir les médicaments, ce discours incite d’autant plus les professionnels à la prescription. Car souvent par faute de temps ou de formation, le médecin se contente d’appliquer les dogmes sans prendre le recul nécessaire.

Le médicament a-t-il fini par devenir un produit de consommation comme un autre ?

Absolument. C’est même la raison de l’augmentation du nombre de traitements contre l’hypertension, le diabète ou encore l’asthme, qui sont pour la plupart de simples copies sans aucune innovation thérapeutique. « Lower is better » : l’abaissement des seuils va lui aussi dans ce sens en transformant les normes médicales en objectifs obsessionnels, élargissant toujours plus le champ des consommateurs potentiels.

« Les crises sanitaires qui se suivent ne font que renforcer la défiance vis-à-vis du médicament.“

À force de raisonner en termes de données, la médecine est devenue aujourd’hui trop technicienne et oublie parfois de prendre en compte l’âge du patient ainsi que d’autres facteurs individuels essentiels. Concernant le cholestérol par exemple, c’est justement le spectre de la « probabilité du risque » qui a entrainé l’abus de prescriptions. Les laboratoires savent parfaitement utiliser les données épidémiologiques pour créer une médecine de masse, mais c’est à nous d’interpréter ces informations en fonction du profil de chaque patient.

L’appât du gain est donc la cause principale des dernières crises sanitaires ?

Ces affaires ne sont certainement pas le fruit d’un quelconque accident, puisque dans le cas du Mediator comme de Diane 35, les risques étaient bel et bien connus. Malgré les nombreux signaux d’alerte qui ont été envoyés aux laboratoires, ces derniers ont quand même cherché à faire le maximum de profit avant que les scandales n’explosent… Autrement, il leur aurait simplement suffi de suspendre la fabrication. C’est ce que je démontre dans mon précédent livre Ces médicaments qui nous rendent malades aux éditions Le Cherche Midi.

Quels sont, à long terme, les risques de cette surenchère médicamenteuse ? Que faudrait-il faire pour changer la donne ?

Je pense honnêtement que les autorités de santé devraient gagner en vigilance et prendre conscience des risques du système actuel. Révélées par les médias, les crises sanitaires qui se suivent ne font que renforcer la défiance vis-à-vis du médicament, alors qu’il s’agit d’une invention extraordinaire en matière thérapeutique. À terme, les patients finiront par se tourner vers des médecines alternatives, pas forcément les plus efficaces, parfois même dangereuses (particulièrement les sectaires). Il faut retrouver la confiance, en gardant à l’esprit que notre politique de santé doit avant tout privilégier les intérêts du malade et non ceux de l’industrie pharmaceutique.

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13 réflexions sur « Le patient, première victime du marketing médical »

  1. Quand on se fait soigner par acupuncture, ostéopathie ou homéopathie (par des gens compétents), on n’a aucune envie de recommencer à « consommer » des médicaments. De toute façon quand on voit ce qu’on met dans nos assiettes, il ne faut pas s’étonner que les mêmes techniques marketing soient appliquées à la santé…

  2. Bel article. Cependant attention à la phrase « À terme, les patients finiront par se tourner vers des médecines alternatives, pas forcément les plus efficaces, parfois même dangereuses (particulièrement les sectaires). ». Je travaille avec les médecines alternatives et elles sont très efficaces. Ne jugez pas tous les types de médecines alternatives en une seule ligne. Surtout aussi négative.

    1. Ce n’était pas mon propos Marion, d’autant plus que je crois vraiment au potentiel des médecines alternatives. Cependant je ne peux pas déformer les paroles du Dr Boukris, l’interview exigeant de rester fidèle à l’échange. Merci en tout cas d’avoir souligné ce point !

  3. Hi ! Hi! C’est un livre que j’aurais envie de lire …. Une nouvelle maladie aurait-elle vu le jour ? Celle de l’hypocondria….. Je reviendrais lire tes articles fort intéressants ! Bravo les partages !

  4. intéressant, cela donne matière à réflexion
    toutefois les événements du type « journée mondiale du diabète » ne sont pas complètement à diaboliser, elles sont tout de même l’occasion d’exercer une réelle prévention et sensibilisation au sujet (même si peu de gens s’ouvrent à la question, j’ai envie de dire que « c’est toujours ça de pris »!)

  5. Votre article peut également s’appliquer aux vaccins que l’on fait subir à nos enfants. Gare à ceux qui comme moi n’acceptent que les vaccins obligatoires (contrainte et forcée) : le médecin scolaire m’a déjà sermonnée par rapport à la mort probable de mon fils par ma faute !

  6. Maintenant, on prend des cachets pour rien, dès qu’on a un peu mal à la tête. Je n’ai quasiment pas de pharmacie chez moi, je ne fais pas confiance aux médicaments! Je cherche même un moyen de me libérer de ma pilule car les hormones chaque jour, ça commence à me gonfler. Récemment il y a eu polémique sur les médocs contre le cholestérol! On ne sait plus quoi faire!

  7. J’ai pu observer des dérives sur les soins dentaires en Allemagne : on encourage les patients à subir un grand nettoyage tous les 6 mois. On pousse aussi les employés des entreprises à subir le vaccin contre la grippe tous les ans. Et j’ai pu remarquer que ceux qui tombaient malade en hiver étaient le plus souvent ces mêmes vaccinés…
    Dans les pays anglophones, c’est la mode de la vitamine D ! Tout le monde est encouragé à en prendre. Même les Australiens. Un comble !
    Il est cependant vrai que la France est championne de l’ordonnance à rallonge.
    En 8 ans d’expatriation, on ne m’a prescrit des antibiotiques qu’une fois. Jamais d’antidouleurs, sirop, spray ou pastilles pour la gorge.
    Il faut savoir qu’en Allemagne, je pouvais rester à la maison jusqu’à trois jours sans fournir d’ordonnance ou perdre d’argent sur mon salaire. Mon employeur payait et non la sécu.
    Ceci permet de limiter la propagation des virus et la surmédicalisation. Le corps est souvent malade par surmenage et un long sommeil ou repos d’un ou deux jours est souvent le meilleur traitement à toute maladie. Le sport, l’alimentation et un bon équilibre de vie (je pense au repos) sont les meilleurs moyens de minimiser les effets du stress sur notre organisme. Malheureusement, la pression de la course à la performance laisse peut de temps pour écouter son corps.

  8. Une bonne mise en garde qui devient de plus en plus nécessaire.
    On parle du gaspillage alimentaire ; il faudrait aussi parler du gaspillage des médicaments pour libérer les budgets pour de gros traitements indispensables. Au lieu de ça, tout le monde avale beaucoup et n’importe quoi !

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