Désirs & Volupté à l’époque victorienne

Derrière le smog des cheminées, la beauté absolue. Actuellement et jusqu’au 20 janvier 2014, le musée parisien Jacquemart-André propose de découvrir la quête esthétique de plusieurs artistes emblématiques de l’ère industrielle, via l’exposition « Désirs & Volupté à l’époque victorienne ». 

affiche01« L’art pour l’art ». Plus qu’un éloge du plaisir, c’est un audacieux hymne à la femme que chantent les peintres de l’aesthetic movement. Tantôt nymphe, sorcière, héroïne antique ou amoureuse transie, son image se décline dans un univers à la fois imaginaire et somptueux, contrastant avec l’austérité et le puritanisme du règne de Victoria. Corsets, crinolines et statures figées laissent place aux courbes lascives et sensuelles, toujours portées par un élan romantique, délivrées du patriarcat et de ses carcans moralisateurs. Un drap de soie glissant sur sa peau laiteuse, la jeune fille devient muse, mise en scène dans un imaginaire somptueux et abondant, à la croisée de l’Antiquité, des Mille et une nuits et du Moyen-Âge. Un échappatoire à la morosité de l’ère industrielle, où la beauté féminine devient la clé du salut.

« Toute beauté est joie éternelle. » John Keats, Endymion, 1818

John William Waterhouse - La boule de cristal Collection Pérez Simón © Studio Sébert Photographe
John William Waterhouse – La boule de cristal
Collection Pérez Simón © Studio Sébert Photographe

Si les artistes s’inspirent le plus souvent des canons de la sculpture grecque (à l’instar de Frederic Leighton avec Crenaia, la nymphe de la rivière Dargle), John William Waterhouse préfère s’attacher à la noblesse du maléfice : autrement dit la « femme fatale », séduisante mais cruelle, insaisissable enchanteresse. Visage anguleux, yeux en amande et regard inquisiteur, son érotisme ambigu rompt avec le conformisme de la victorienne subordonnée.

Rêve éveillé d’un ailleurs fantasmé, le culte de la beauté s’exprime au travers de connotations sensuelles presque érotiques, tentant de redonner vie à une époque révolue et fantasmée. Qu’elle soit froide, naïve, assassine ou mélancolique, la femme idéale de l’artiste est à la fois sa muse et son sujet, celle dont il rêve et qu’il réinvente dans chacune de ses oeuvres.

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19 réflexions au sujet de « Désirs & Volupté à l’époque victorienne »

  1. J’aurais aimé voir cet expo mais … je ne suis pas parisienne et ….. je tempête de ne pas avoir de TGV qui me rapproche de la capitale …Mais j’ai mon volcan qui dort désespérément !!!! On ne peut tout avoir …. Merci pour le partage

  2. J’avoue ne pas y connaitre grand chose, mais j’aime l’idée de l’approche de « la « femme fatale », séduisante mais cruelle, insaisissable enchanteresse. » ça change 😉
    Une expo qui mettra (pour certains) les choses en perspective!
    Biz

  3. I hid my heart in a nest of roses,
    Out of the sun’s way, hidden apart;
    In a softer bed than the soft white snow’s is,
    Under the roses I hid my heart.
    (Swinburne)

    Si la thématique picturale développée dans cette exposition vous intéresse, un beau livre sur les préraphaélites vient de sortir aux éditions « Place des victoires » : on y trouve quelques uns des tableaux de la collection mexicaine exposée au Musée Jacquemart-André, les plus célèbres peintures de la Brotherhood, Hunt, Millais, Rossetti, Collinson, mais aussi ceux de leurs compagnons de route et héritiers plus ou moins directs Leighton, Waterhouse, Collier, Godward, Alma-Tadema et autres. The Lady of Shalott est le plus connu de tous les tableaux de cette époque mais je dois admettre lui préférer Miranda, inspirée du Premier Acte de la Tempête de Shakespeare.
    Cet été à Vienne j’ai pu voir l’exposition du Belvédère sur les artistes de la « Dekadenz ». C’est intéressant ce frémissement d’intérêt en faveur de l’art victorien ou de son successeur (plus ou moins direct) symboliste.
    Ce petit commentaire me permet de vous remercier, Polina/Pauline, pour votre commentaire sur mon blog, certes, vous l’aurez compris, assez didactique et sérieux.

  4. Au plaisir immanquable de te lire, Polina, s’ajoute cette fois-ci le bonheur de revivre l’expo à travers un autre regard !
    Comme toujours, tu nous emmènes avec style, en quelques lignes, dans l’univers de ces héroïnes sublimées… Les oeuvres exposées sont véritablement magnifiques, mais peu mises en valeur, à mon avis. L’Antiquité, la beauté féminine, voire l’orientalisme, mis en avant dans l’exposition, ne sont-ils pas des leitmotivs de la peinture européenne ?
    Certes, on aura compris que les artistes présentés ont préféré une beauté fantasmée au réalisme gris de la révolution industrielle. Certes, ils se détachent ainsi du puritanisme victorien, dont ils conservent une pudeur qui donne un certain charme aux tableaux. Pourtant, la véritable originalité de ces oeuvres touchantes est ailleurs, il me semble : dans la peau diaphane, bleutée des héroïnes, dans l’esthétique « so British » des visages à la moue nostalgique, exprimant un spleen hérité du romantisme.
    De même, la nature instantanée de certains sujets (« La question » ; « La confidence importune ») m’a interpellée. J’aurais apprécié que l’exposition soit plus loquace à ce sujet. S’agit-il d’une influence de la photo ? Ma question reste en suspens.
    Bref, encore un article qui a eu une grande résonnance en moi. La concision et le sens de la formule dont tu fais preuve n’en finissent pas de m’épater. J’ai hâte de lire ton prochain texte !

    1. Chère Lena,
      C’est avec une joie infinie que je découvre ton commentaire, dont le bon sens et la perspicacité ont égayé ma journée ! 🙂 Plus sérieusement, s’il est vrai que certains tableaux sont emprunts d’un flegme tout britannique (au risque de frôler le kitsch comme dans cette orgie romaine que sont les Roses d’Heliogabale), d’autres parviennent quand même à sortir du lot : je pense notamment à Waterhouse et ses beautés malveillantes. Après, mon avis n’est peut-être pas des plus objectifs, j’ai toujours eu un faible pour les méchantes.

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