De l’ombre à la plume

James Bond n’a qu’à bien se tenir. Si les aventures de l’espion « le plus connu de la terre » relèvent d’une fiction assumée, d’illustres anciens du renseignement sortent eux aussi de l’anonymat, reconvertis en romanciers. Sans rien divulguer ni briser le secret défense, ils cultivent un univers trouble où les personnages pensent et agissent comme d’authentiques figures d’espionnage. 

litte-620x350__1_Des thrillers bâtis de toutes pièces sur fond de réalité. Après avoir servi son pays avec patriotisme et honneur, comment prendre la plume sans pour autant dévoiler son vécu ? Si déterminer la limite entre fiction et neutralité relève du défi, pour Bernard Besson, ancien chef de cabinet du directeur central des Renseignements généraux et écrivain, « le roman est avant tout une formidable opportunité de mettre en scène les hommes du renseignement et rendre hommage à leur travail ». Alors que sort aujourd’hui son 10e livre, Le partage des terres, le romancier affirme qu’« écrire une bonne histoire d’espionnage nécessite avant tout de connaître la fin ». Un réflexe professionnel prospectif ? Plutôt un moyen de retrouver le fil du récit et donner raison au lecteur, quitte à repenser l’intrigue. « En littérature, on est obligé de parler vrai. Même si l’histoire que je raconte se doit d’être fictive, les réflexions, les gadgets, les grands cadres géostratégiques font bel et bien partie du réel ». Le doute, l’attente, les heures creuses. Autant de facettes du métier qu’il s’avère difficile de faire ressentir au lecteur, d’autant plus en France où la culture du renseignement manque cruellement en comparaison à ses voisins, Britanniques notamment.

La transparence, une hydre à deux têtes ?

Entre l’exploitation de méta-données, le profilage ou encore le stockage massif d’informations, la notion même de « secret » s’étiole désormais de plus en plus. Crevant l’abcès d’une vérité connue depuis près de 50 ans, le dernier scandale de la NSA crée aussi l’occasion de rétablir la confidentialité, nécessaire voire indispensable à tout État de droit. Si « la qualité d’une information dépend toujours du degré d’ignorance en amont » selon Bernard Besson, un déballage irresponsable peut s’avérer quant à lui meurtrier. Paul Fauray, officier et haut fonctionnaire, ancien du commandement des opérations spéciales et auteur de La bombe des mollahs le rappelle : « sous couvert de la transparence, ce sont des hommes et des femmes qui se font abattre ». Des anonymes de l’ombre dont l’humanité reste souvent la grande oubliée derrière l’ampleur des révélations.

Je tiens à remercier l’ANAJ-IHEDN (Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale) pour la qualité et la pertinence de leurs conférences. 

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19 réflexions sur « De l’ombre à la plume »

  1. J’ai cru au début que tu allais parler de Gérard de Villiers. Je ne connais pas Besson. Je vais aller voir de plus près ses livres. J’aime bien le genre.

  2. Bonjour à tous.
    Ancien des Chocs (1er et 11e) et de la Légion, j’avoue que si la réalité dépasse quelques fois la fiction – un exemple frappant avec le dernier ouvrage de SAS – il n’en demeure pas moins que le domaine du renseignement est assez délicat à mette en avant. Trop de contingentements l’en empêche, souvent basés sur la nécessaire protection des gens impliqués. Ce qui fait que les auteurs de ces romans se doivent d’être prudents. Par contre, certains fournissent des mines d’or sur des évènements passés.

  3. Merci pour la découverte de votre blog, chère consœur (qui-plus-est, lyonnaise 😉
    Très jolie plume ! Je vous rajoute dans mes bonnes adresses. Au plaisir de lire vos prochains post. Bonne journée. Margaux.

  4. Par définition, ceux qui ont fait de vrais opérations d’espionnage ou des « opérations spéciales », n’en diront jamais rien.
    Dans un de mes boulots tout à fait ordinaire, l’entreprise où je travaillais à couvert une personne des renseignements, qui était officiellement en stage chez nous, alors qu’elle était « ailleurs ». On l’a deviné, car il y a une un « ratage » sur cette opération.

  5. Alors, ce genre d’ouvrages, je les dévore ! J’adore tout particulièrement ceux qui se passent sur fond de guerre froide car l’époque lointaine/pas si lointaine rend les choses encore plus folles et croustillantes !

    Et, ces conférences, ça doit être un régal ! 🙂

  6. Je ne suis pas sûre d’être attirée par ce genre de lecture mais ces conférences doivent être passionnantes … pfff, c’est trop loin la capitale !

  7. de toute façon, ce n’est pas mon style de lecture…Mais il est un fait que certaines professions ne gagnent rien à la transparence !

  8. J’aime ta façon de présenter l’auteur, l’ouvrage, et le sujet qui « va autour »!
    Je n’ai jamais lu Bernard Besson. À découvrir…

    bon weekend 🙂

  9. Un Dom Perignon 57 au Casino Royal, je vous prie.
    Rien que pour vos yeux aux pistolets d’or qui ne meurent jamais.
    Bons baisers de l’ENDJ-JBEH
    (école nationale des jeunes James Bonds en Herbe)

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