Les héros portés disparus

Les héros ne sont plus. C’est le triste constat qui s’est imposé à moi lors d’une discussion animée avec Jean-François Bège (mon rédacteur en chef), qui, dans l’un de ses élans de sagesse récurrents, m’a mis face à une réalité déconcertante. Si les jeunes filles se montrent de moins en moins emballées par l’idée de partager leur toit avec quelqu’un, c’est parce que les hommes d’aujourd’hui ne leur vendent plus du rêve. Hélas. J’ai moi-même du mal à me souvenir de la dernière fois où j’ai rencontré quelqu’un qui susciterait en moi un semblant d’admiration, sentiment pourtant ô combien indispensable à l’amour.

En affirmant « on ne naît pas femme, on le devient », Simone de Beauvoir ne pensait pas si bien dire à propos du sexe fort. Virilité, force, honneur, courage : autant de qualités jugées désuètes et désormais absentes de l’homme moderne, qui préfère jouer les précieux androgynes à grands renforts de pingrerie. Féminisé, perdu entre les genres comme un postérieur entre deux chaises. Alors que les « princes charmants » ont rejoint depuis longtemps les espèces en voie d’extinction, les héros actuels semblent eux aussi bien partis pour s’évaporer plus vite que le H2O. Peut-être vont-ils rejoindre un monde meilleur, là où on ne leur demandera pas de mettre leur slip par dessus le pantalon.

Certains voient en cette démission du masculin la rançon du féminisme, vécu ni plus ni moins comme une véritable castration. Dans un monde « pacifié » (les guillemets sont de mise) où les occasions manquent désormais d’enchaîner les prouesses guerrières, rien n’empêche de faire preuve d’héroïsme au quotidien et créer l’étincelle qui ennoblira la plus profonde des banalités. Car si les femmes n’ont besoin de personne pour être fortes, elles oublient trop souvent qu’en compagnie des hommes elles peuvent se payer le luxe d’un instant de faiblesse. À condition bien sûr qu’il y en ait dans le froc.

Illustration : © Stéphane Gibert

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47 réflexions au sujet de « Les héros portés disparus »

    1. Après lecture de quelques commentaires : « héros du quotidien », « héros ordinaire » sont des expressions souvent utilisées… On a bien la preuve que la modernité a abandonné l’héroïsme au point d’en oublier les canons. Le héros doit être extraordinaire, puisqu’il sort du lot. Se targuer d’être un héros tous les jours, j’imagine que c’est parler un peu vite. Je souris un peu en imaginant Ulysse ou Perceval terrassant le programme berce-laine de la machine à laver ! En revanche, faire preuve d’honneur et de courage lorsque ces vertus sont nécessaires, ça c’est de l’héroïsme. Et ça se décline au féminin. Pour autant, tandis que les héros masculins nous séduisent à coup sûr, les héroïnes, elles, ont bien souvent eu la vie plus dure. La vertu chez les femmes est moins récompensée lorsqu’elle implique qu’elles agissent. Le fond du combat féministe est sûrement là à mon avis, pas au fond de la corbeille à linge.

  1. il y a sûrement une révolution à mener de ce coté là aussi. Renouer le contact avec notre partie masculine et notre partie féminine et faire la paix. Plus de combat mais un vrai pacte . Accepter nos différences, et assumer ces deux énergies en nous et observer ce qui change…autour de nous;..Et si les rencontres étaient des miroirs ? Et si nous devenons les héros de nos vies ? On rencontrerait peut-être davantage de héros ? question de regard.

  2. Bravo pour votre article qui soulève une « contradiction » de notre temps : nous voulons des hommes qui acceptent les changements de société, les modifications dans les rapports à l’intérieur du couple et en même temps nous attendons de lui qu’il continue à jouer au cowboy viril pour nous « protéger » ! Acceptons ce nouveau mâle, à condition qu’il ne se regarde pas trop dans le miroir…et restons femmes mais indépendantes.

  3. Je suis d’accord avec toi Poline mais en même temps, je m’interroge. Regarder de l’autre côté du miroir, accepter l’idée que l’homme puisse avoir une sensibilité proche de la nôtre et éprouver le besoin qu’une femme déplace les montagnes pour lui, c’est peut-être ça, la vraie égalité des sexes.

  4. Voilà un sujet bien vaste… Ce n’est pas parce que les femmes s’émancipent que les hommes doivent lâcher leur virilité, je suis bien d’accord 🙂
    Bisous

  5. quand j’écoute le monsieur de la vidéo, je trouve que le constat n’est pas si négatif: voilà un homme , un vrai et qui m’a l’air de tout comprendre !

  6. C’est vrai que le slip sur le pantalon, on a connu plus viril… Dans les BD et chez les super-héros, le féminin commence tout juste à trouver sa place. C’est heureux, à l’heure où la littérature comportait déjà ses héroïnes féminines fortes !

  7. J’ai la chance d’avoir trouvé celui qui m’accompagne au quotidien, qui m’encourage quand j’en ai besoin, qui me console aussi parfois, qui me surprend de temps en temps… En échange, je suis cette même personne pour lui. Et oui, il a aussi le droit à l’autonomie, à la faiblesse, et à la grogne parfois.
    Ce que j’essaie de dire c’est qu’à trop vouloir que l’autre nous surprenne et nous séduise, qu’il soit à la hauteur, qu’il soit « notre égal », on en oublie parfois qu’on n’en fait pas autant pour lui. Qu’on soit homme ou femme, on mérite d’avoir un partenaire en phase avec nos convictions et nos besoins (et notre « investissement », si je puis me permettre). Plus que des hommes qui ne répondent pas aux besoins des femmes, ce sont des gens qui ne savent pas ce qu’ils veulent, et qui sont en attente de beaucoup, mais qui parfois ne donnent rien.
    Et pour moi, ça n’a rien à voir avec le féminisme (faut faire attention à pas trop cracher dessus, hein. Faut pas oublier où on était, avant, quand même… 😉 )

    1. Amen!
      C’est mon cas aussi 🙂 et en effet beaucoup de relations sont vouées à l’échec, parce que ni l’un ni l’autre ne savent ce qu’ils veulent tout en comptant sur l’autre pour combler leurs attentes…

      1. Je partage votre avis, il faut avant tout savoir combler ses propres attentes et être en phase avec soi-même pour pouvoir l’être avec quelqu’un. Vivre à travers l’autre n’a jamais été une brillante idée, tout simplement parce que l’on est d’abord un individu à part entière avant d’être un compagnon/une compagne.

      2. On en revient à ce que je disais plus haut, avoir d’abord confiance en soi.

        « Vaut mieux être seul que mal accompagné », c’est l’idée. Même si cela peut être « dur » à certains niveaux pour nous comme pour vous, enfin plus pour nous…

        Vous voyez on va finir par tomber d’accord sur certains points.

  8. Tu t’es très bien exprimée. Je n’avais pas vu les choses ainsi. Mais je ne m’étais pas posé la question non plus.
    Toutefois, je crois que tout dépend des hommes et… des femmes.
    De ce que l’on met derrière « héros » aussi.

  9. ton article me fait penser à la chanson de Zazie « Un point c’est toi » (chacun ses références ^^) ce qui me gêne dans ton article c’est qu’on a l’impression que tu cherches ce que tu critiques au lieu de chercher de nouveaux critères pour définir ce qu’on attend – ce que tu attends – d’un homme. À très vite 🙂 Serena

  10. Mais en même temps, les Héros ne sont pas toujours attendus de la même façon par toutes. Pour certaines, ce sera l’étalon toujours prêt pour… Pour d’autres, ce sera celui qui la défendra même si l’autre mec fait deux pieds de plus haut… Ou bien ce sera celui qui peut ramener le fric… etc…

    Je crois qu’il y a un héro pour chaque princesse et, c’est tant mieux comme ça. Tu te cherche un étalon? Tu le trouvera! Tu te cherche un héro fidèle et protecteur? Il existe aussi!

    Mais je crois que, souvent, les femmes sont trop exigeantes à ce niveau. Pour elles, un héro, c’est tout ça en même temps. Il doit être toujours bien habillé, les dents blanches, le poils rasé, un membre en règle, doit pouvoir tout réparer à la maison, faire à manger comme les animateurs sexy le font à la télé et, en plus, il doit ramener du fric, etc…

    Les questions réalistes pourraient être « Comment je défini un héro » « Suis-je réaliste »

    Parce qu’à l’inverse, sachant que ce héro est bâti sur des désirs féminins, imaginez-vous deux secondes avoir à postuler pour un poste de princesse, vu par l’homme. Bâti sur les désirs masculins…

    Qu’est-ce qu’une princesse selon l’homme? Que fait-elle pour être désirable et demeurer désirable? 😉

  11. Manquerait plus aussi que je commette l’irréparable pour une femme de lettres et d’esprit : une fote d’ortaugraffe, dont je la prie de bien vouloir ne pas m’en tenir rigueur. La rigueur aussi, ça fait des héros ordinaires 😉

  12. En avoir ou pas.
    Non, non, je parle de console vidéo. Aujourd’hui, les vrais mecs terrassent le dragon à coup de joystick solitaire et en combats de trois heures minimum.
    Alors, bien sûr, les bricologirls du dimanche, encore que j’adore les salopettes sexy, ont arraché quelques poils à notre virilité devenue glabre depuis peu.
    Reconnaissons-le, chaque jour, l’actualité nous rebat les oreilles avec tantôt un Ayrault politique, tantôt un héraut du ballon rond. Manquerez plus qu’un héros à la maison !

  13. Je vis au quotidien avec mon Homme. Avec un grand « H » parce qu’il est mon héros.
    Je suis infirmière, entendez j’ai des horaires de merde et variables en plus. Il s’occupe de la maison, fais la cuisine quand je rentre tard, est au petit soin pour moi quand j’en ai besoin ou non d’ailleurs. Il me fait rêver encore et toujours par toutes les petites attentions qu’on se porte mutuellement jour après jour.

  14. Mon commentaire ayant disparu , je recommence !
    J’ai de jeunes copains, des plus âgés ainsi qu’un mari , héros au quotidien, Polina !
    Tout en exerçant des boulots plus ou durs, plus ou moins merdiques (dans des conditions pas évidentes en hiver en montagne) ils participent aussi au quotidien au boulot de la maison en apportant du rêve à leurs compagnes …Qui elles aussi sont des héroïnes 😉

  15. Un grand +++ pour bistroman qui ne se sent pas dévirilisé devant les tâches domestiques ! « Faire preuve d’héroïsme au quotidien » : Polina, tu ne redéfinis pas l’héroïsme, quel est-il pour toi ?
    Les femmes se seraient-elles fourvoyées avec un féminisme agressif, cherchant l’égalité là où elle n’est pas ? Différence n’est pas inégalité. J’ai la chance de partager ma vie avec un héro des temps modernes qui change les couches en étant mal rasé et en regardant le foot, bref il est droit dans ses bottes. Comme le souligne Elisabeth, les hommes s’expriment, la question semble donc faire sens pour eux aussi !

    1. Je confirme, un big up collectif pour bistroman et pour Javier qui, en plus d’en avoir dans le pantalon en a aussi dans la cervelle, belle « étincelle » contribuant au débat. Je rajouterai une petite vidéo qu’on m’a envoyé hier par une curieuse coïncidence, en espérant qu’elle vous fera tous sourire.

      Quant à ma définition de l’héroïsme, si oser s’affirmer en tant que personnalité à part entière en est la première étape, il passe aussi par l’ambition, la soif de vivre et l’audace. Un simple bouquet de fleurs, un cadeau, une attention inattendue, une aide précieuse ou une surprise suffisent à illuminer une journée et embellir le quotidien.

      En ce qui me concerne, j’ai eu des exemples de ce genre d’héroïsme à la pelle cette année (je vous passerai les détails de ma vie personnelle mais il y a de belles pépites), je constate simplement que ces valeurs-là tendent à se perdre aujourd’hui. Et je rejoins Elisabeth, si les femmes étaient plus « femmes » justement, aucun doute que les hommes seraient plus enclins aux démonstrations héroïques: l’Histoire montre que c’est bel et bien pour nous qu’ils sont souvent prêts à déplacer des montagnes.

      1. Je te rejoins tout à fait dans ce commentaire Polina, et un big up également au poème d’Oscar Freysinger, même si, comme l’a dit Mebo, je crois qu’il est bon de définir ses critères de « héro » les deux pieds bien ancrés. Je n’aimerais pas en effet devoir être à la hauteur du rêve de la femme parfaite qui trône dans l’inconscient masculin.
        Oh, mais attends … mais si, en fait, c’est bien ce qu’il nous est demandé : être sexy, intelligente, douce, mère, travailleuse …

  16. Encore un billet d’humeur, Polina?!

    Il est vrai que vous avez besoin de rêver et de vous sentir en confiance mais arrêtez d’être des naïves, les codes sont en train de changer pour nous comme pour vous. « On ne naît pas femme, on le devient », alors apprenez à être femme, femme ancrée dans son temps.

    Les qualités que vous citez ne sont pour moi nullement désuètes et nous nous efforçons à les avoir. Ce qui est de notre pingrerie je n’y vois encore et toujours que de la vénalité de la part de certaines femmes. Et pour finir, votre luxe d’un instant de faiblesse… Évitez parfois de vous le payer uniquement lorsque vous avez besoin de vous rassurez sur votre pouvoir de séduction. Même si vous le faites avec un homme qui en a dans le froc. Ayez confiance en nous et surtout en vous.

    Avec ce commentaire, je suis convaincu d’avoir « créer l’étincelle qui ennoblira la plus profonde des banalités ».

  17. Je remarque que seuls les hommes se sont exprimés 😀
    Et bien que je partage ton triste constat, si merveilleusement écrit, Poline, je ne puis m’empêcher de penser, qu’effectivement, le féminisme, poussé à l’outrance y est pour quelque chose…
    Le monde sans repères est devenu gris et uniforme mais je crois qu’il y a encore les moyens d’y remédier… par la pacification (sans guillemets :D) entre le yin et le yang, en commençant par ceux, à l’intérieur de nous

  18. Moi je suis fier d’avoir tombé le slip contre un bonnet rouge, fier d’avoir étendu une lessive de 11 maillots, de faire à manger à mes enfants, de les porter à l’école le matin, de gagner moins que mon épouse. J’assume totalement mon rôle de héros du quotidien. La vie est faite de petites satisfactions intimes, pas de flamberies ponctuelles.
    😐

      1. Héros du quotidien au masculin, fée du logis au féminin. Quel que soit le genre, si l’on porte le débat dans la cuisine, flambons ! Et ajoutons un peu de piment, ça charme les papilles.

  19. Avec toutes ces hormones que nous utilisons dans l’agriculture moderne et, surtout, dans ces pilules anovulantes qui se consomment à grande échelle, nous verrons arriver sur les tablettes de plus en plus de ces hommes féminisés. De toutes façons, tous les métro sexuels de ce monde ne sont qu’une réponse à la demande maintenant presque généralisé de femmes qui exigent un homme «moderne», imberbe et en bas-collant surtout. 😉

    L’homme moderne n’est que la réponse à une demande féminine…

    Enfin je crois.

  20. Gloup…

    Qu’est-ce qu’on a fait ?! 🙂

    Cela dit, même si je peux comprendre le constat, disons qu’on a bien compris le discours « c’est bon, on n’a pas besoin de vous, les mecs, on est aussi forte que vous », et que sans nous en être « formalisés » (les guillemets sont toujours de mise), on fait les beaux dans notre coin, entre nous quoi !

    Enfin… je crois.

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