Foodporn, les yeux plus gros que le ventre

miam
Les muffins selon mon amie Estelle, fin gourmet et cuisinière hors-pair.

Une orgie des papilles. A l’heure où pas une seule minute ne s’écoule sans qu’un compte Instagram ne poste la photo d’un mets délicieux, le foodporn est en passe de devenir une véritable obsession. A l’origine pourtant, le terme faisait simplement référence à la présentation érotisée des aliments dans la publicité, rien de plus. Autant dire que le pouvoir d’Internet a poussé l’excitation visuelle à l’extrême et jusqu’à la boulimie collective. Gâteaux, glaces, pâtisseries et autres gourmandises s’enchainent comme des petits pains aux côtés de légumes et plâtrées de fruits de mer, le tout en HD et avec la meilleure résolution possible. Sans distinction entre aliments « sains » et « interdits », les réseaux sociaux ont muté en un immense buffet dionysiaque, révélateur d’une psychose contemporaine du culte culinaire.

« Je mange, donc je suis » et je « like » les plats des autres. Si le concept a permis la diffusion de recettes et l’émergence de talents certains, ses dérives, selon certains psychiatres, seraient révélatrices ni plus ni moins d’une énième pathologie compulsive. Savamment illuminée et mise en scène comme un objet d’art,  la « bouffe » n’a jamais eu autant d’importance qu’à l’époque actuelle, au point que de nombreuses personnes ne peuvent plus se nourrir sans intellectualiser ou compter les calories. Et se gavent, à défaut, d’images en série plus alléchantes les unes que les autres. Esthétisation de l’assiette, révélatrice d’un « lifestyle » à savourer à toute épreuve. Si l’alimentation contribue incontestablement au bien-être quotidien, tout bon vivant vous le dira : l’euphorie visuelle ne remplacera jamais le plaisir du palais. Une idée à infuser délicatement, comme un sachet de bon thé.

Pour illustrer le propos, une vidéo de Wong Fu Productions qui a pas mal tourné sur le web. A consommer sans modération. 

Advertisements

39 réflexions au sujet de « Foodporn, les yeux plus gros que le ventre »

  1. Comment ça un « sachet de bon thé » ? Un SACHET ??? Polinnnnnnnnaaa ! Il faut absolument que tu goûtes du thé en feuilles à qui tu laisses la place de s’infuser et de se développer dans une théière ébouillantée au préalable. Et surtout pas de sucre hein !! (^^ Oui j’ai aussi un peu de second degré dans mon addiction ! :-)) J’aime beaucoup ta nouvelle photo de profil (bon elle date peut-être de plusieurs mois, mais tu sais ici dans ma grotte… Les mises à jour sont peu fréquentes).

  2. Salut Polina, je découvre tout juste ton blog grâce à ton petit mot aujourd’hui, et je suis tombée sur cet article sur lequel je te rejoins sur beaucoup de points. ça peut sembler bizarre de la part de quelqu’un qui a un blog de cuisine, et je dois bien avouer que je suis une accro de la photo culinaire, mais sans tomber non plus dans la photographie compulsive (personnellement, les photos de plats au resto, j’ai plus tendance à les fuir qu’à cautionner). Par contre je trouve qu’une belle photo de plat peut facilement mettre un peu de soleil dans une journée… mais là on est effectivement pas loin du culte culinaire 😉 En tout cas j’aime beaucoup le ton de tes articles, chouette découverte ! A bientôt
    Cécile

  3. J’adore cette vidéo, j’aime leurs fougues et j’apprécie encore plus l’impatience de la gourmande qui ne va pas hésiter a donner un gout de cuillère fatal à ce prestigieux gâteau, bravo. Bonne Semaine Bisous Pascal

  4. Toujours si bien écrit, et c’est un sujet sur lequel j’ai déjà eu de nombreux débats… Je fais partie de ces maladifs de l’appareil devant un plat joliment présenté, ou très alléchant, je ne peux pas résister au désespoir de mes proches… En tout cas, j’aurais définitivement instagrammés ces muffins !! 🙂
    A bientôt,
    Laury

  5. Rah j’ai pas pu écouter la vidéo avec le son (openspace oblige..), mais rien que l’image m’a bien faite marrer (intérieurement openspace oblige.. ^^)
    Je ne suis pas du tout en mode foodporn, mais ca reste de la photographie au final..

  6. Les chefs développant de plus en plus des trésors d’imagination concernant l’esthétisme de l’assiette il m’est arrivée moi aussi d’immortaliser ma gamelle mais ensuite je passe aux choses sérieuses !!!!!!!!

  7. C’est vrai que le foodporn a pris le pas sur le selfie tellement adoré par les Instagramers 🙂 Point trop n’en faut, je trouve ça sympa mais je ne tiens pas non plus à passer mes journées dans l’assiette des autres 🙂
    Bisous bisous

  8. Cette vidéo est édifiante (et malheureusement tellement vraie). À force de vouloir tout immortaliser derrière un objectif, on oublie de vivre les moments qui se présentent à nous, d’autant que ce sont souvent les bons qu’on voudrait mettre en boîte. Et je sais de quoi je parle parce que, même sans appareil photo entre les mains, j’ai l’impression d’avoir un objectif greffé aux yeux !

  9. Autrefois ce sont les artistes peintre qui mettaient en lumière la nourriture en l’immortalisant par ce qu’ils appelaient leur nature morte. Aujourd’hui, nous avons les moyens de le faire autrement et ça ne me gêne pas parce que je trouve ça beau à regarder, mais ce sont les dérives que tu décris qui sont plus inquiétantes.

  10. Merci ma belle ! J’ai aussi remarqué ce phénomène de food porn depuis que je suis sur tumblr, il y a des choses vraiment écoeurantes mais parfois ça a l’air trop bon (quoi que toujours très gras haha)

  11. C’est un peu comme dans friends , mais avec des chinois 🙂 Comme l’époque du petrole abondant touche à sa fin , ces simagrées ne vont plus faire long feu , dans les années à venir la nourriture sera un sujet grave et vous ne trouverez plus de croutons ni de morceaux de gras dans les poubelles

  12. L’amour pour la nourriture et l’immortaliser via la peinture ( l’homme de cro magnon), l’écriture ( pas d’exemple en tête ), le cinéma ( la grande bouffe), existent depuis toujours! c’est l’exagération de riches jeunes asiatiques qui n’ont rien d’autre à faire et de la pub pour les Smartphones Chinois 😕

  13. Alors là, je débarque… Bien que gourmande et esthète dans la présentation de la nourriture, et en connaissance de sa valeur symbolique et « psychologique », j’ignore totalement l’existence de ce phénomène et je ne connais l’Instagram que de nom…
    J’adore la vidéo, et le moment où la jeune fille excédée, se met à déguster est excellent 😀
    Merci, Polina de me tenir au courant des nouvelles tendances

  14. Bonsoir Polina, merci pour ce petit billet « coup de gueule », avec lequel je suis d’accord en tous points. En tant qu’amatrice de cuisine et de bonne chère, je suis souvent déçue de découvrir que des recettes si magnifiques et alléchantes (sur internet ou dans les magazines) ne fonctionnent tout simplement pas ! Ou de voir les clients d’un restaurant passer des heures à photographier leur nourriture au lieu de la manger… tout cela est bien triste et malheureusement symptomatique d’une société où l’apparence prime sur la réalité (qui pourtant existe, car le bon plat, lui, il est bien là ! si l’on reste dans le domaine culinaire).
    Sur un plan personnel (et pour répondre au commentaire que vous avez laissé sur ma recette), je me « protège » : pas d’Iphone, pas d’Instagram, pas de Twitter, pas de partenariats, pas de matériel de photo sophistiqué. Un peu de Facebook quand même 🙂 Et je mange réellement la nourriture que je prépare; impossible donc de repeindre, recuire, réchauffer 20 fois… Je suis peut-être vieux-jeu, mais c’est le seul moyen que j’ai trouvé de ne pas tomber dans le piège (sans parler des aspects chronophages des activités « para-culinaires ») !

    1. Quel met indécent ! 🙂 Par ailleurs, je relève que nous avons les mêmes assiettes, un point commun supplémentaire au rituel de l’apéritif. En y repensant, j’aurais été plus clémente avec le drinkporn si la variante existait…

  15. Foodporn ! J’adore le terme ! Mais, c’est tout à fait adapté ! La nourriture est quasiment devenue aussi tabou que le sexe au pays de la minceur à tout prix, alors on finit par devenir des pervers du macaron et de la choucroute…

  16. & BIM ! Un de mes symptômes… Instagram, snapchat, photothèque perso… plus c’est gras & plus j’immortalise ! c’est étrange, il faudrait que ça cesse, mais c’est plus fort que moi -_-

  17. C’est vrai que cette pratique est quelque peu révélatrice de la dichotomie de notre société. D’un côté, on a jamais tant diabolisé la bouffe (ça faut grossir blablabla) et de l’autre, on ne l’a jamais autant vénéré, mais de façon biaisé, comme un objet esthétique !
    Et c’est fou comme on a tôt fait de dégainer son smartphone à l’arrivée d’un bon plat. Pas plus tard qu’hier, mon mari me demande si je veux « instagramer » ses lasagnes maison. Ça m’a fait rire puis j’ai décidé que je préférais les manger sans chercher à les montrer à la face du monde !

    Je pense qu’il s’agit plus d’un effet de mode, qu’une véritable pathologie, non ? Certains psychiatres auraient tendance à tout voir par la prisme de la maladie. C’est tout de même dommage ! 😉

    Belle soirée !

  18. En fait cette vidéo et cet article me font penser à une autre tendance qui est assez proche de celle-là par certains côtés, qui est de vivre les événements importants de notre vie à travers son téléphone portable comme regarder un concert à travers un écran de portable, alors qu’on est sur place ! Ne vivre son voyage qu’à travers les pensées futures de ce qu’on va pouvoir faire des photos que nous prenons etc., etc. On souhaite tellement partager que parfois, peut-être, oublions-nous de vivre et de simplement vivre ce que nous voulons partager. C’est comme moi avec mes commentaires sur mon blog, je lis et je dois penser à ce que je vais écrire plus tard, mais parfois j’aimerais juste lire sans penser à ce qui suivra, mais ce n’est pas évident de trouver des passages importants, des idées qui nous traversent l’esprit que de façon fugace etc. Je pense qu’il faut trouver la juste mesure, ici, comme à toute chose par ailleurs.

    1. Notre civilisation passe de l’œil à celle de l’œil partagé avec le monde.
      C’est gênant ? En partageant avec un GSM ou un blog tout ce qu’on voit on attend une réponse, un commentaire. S’il ne vient pas on a tendance à être malheureux ce qui est idiot. En partageant dans l’instant avec son ami(e) on reste dans l’instant et on vit. Si on est seul on peut écrire un poème, ou sur un blog mais sans attendre de réponse. Alors on reste zen. Le problème c’est quand on perd des amis. Un jour ils passent à autre chose, c’est bien normal. Ou alors ils restent et on a beaucoup trop d’amis, ce qui doit être une contrainte aliénante lourde à gérer. La juste mesure c’est ne rien attendre du tout, agir ou ne pas agir en toute innocence, comme un enfant désintéressé (ce qui est rare, j’en conviens).
      Content de te retrouver, ami !

  19. mais dans les pub se sont de fausses nourritures, alors ils pourraient peut être acheter des faux gâteaux et les avoir en vitrine, bon j’ai bien compris il s’agit de nourriture réelle, bon moi j’aime la belle déco, un gâteau bien composé oui, j’aime les tomates en forme de rose, des radis en forme de tulipes, des oeufs en chinois,enfin plein de petits trucs sympas et jolis , mais si cela devient pathologique heu oui ya soucis, je ne connaissais pas du tout cette tendance

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s