Quand les mots tuent l’info

couvmedias« Crise », « tempête », « fragilité » ou  encore « récession », autant de redondances déprimantes du discours médiatique actuel. Un catastrophisme de chaque minute d’autant plus frustrant qu’il laisse tout individu face à sa propre impuissance, jusqu’à en baisser les bras. Rien d’étonnant à ce que « la France aille mal » quand il suffit d’allumer la radio pour crouler sous une avalanche d’informations alarmantes, tsunami d’actualités aussi défaitistes qu’irritantes. « Manque d’eau, manque d’humour, le manque vous gagne ». C’est le triste constat que dresse la sémiologue Mariette Darrigrand dans son dernier livre Comment les médias nous parlent (mal), décortiquant notre condition de soumis volontaire aux flux médiatiques et victime d’ « un vide de trop de paroles inutiles ». Une information en chasse une autre, au risque de l’erreur ou de recycler les mêmes mots.

« Le système nous veut tristes. » Gilles Deleuze. 

Des tics de langue journalistiques à leurs effets dévastateurs sur une « démocratie creuse », l’auteure rappelle que l’antidote « aux divers poisons qui enveniment notre univers sémantique » existe bel et bien. Si la dite crise est un diagnostic et non la maladie que l’on décrit, pourquoi ne pas « criser » vraiment et commencer à « penser » en produisant des idées neuves ? Alléger le poids des termes négatifs et redonner du sens, ne serait-ce que pour des réveils moins démoralisants. Dans cette hystérie collective envenimée par la complaisance médiatique, « la parole forte, utile et éclairante » devient aussi rare que les « faiseurs d’opinion ». Décrypter les faits mais aussi le sens profond des mots et leurs effets, voilà la sauce textuelle que la sémiologue recommande d’inclure à tout assaisonnement journalistique. Aux fonctions démocratiques et éthiques, « le quatrième pouvoir » devra s’imposer la métalinguistique pour renouer avec son rôle essentiel. Rendre tout grand concept « intelligible pour tous et inépuisable à commenter ». 

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57 réflexions au sujet de « Quand les mots tuent l’info »

  1. J’en veux aux médias qui propagent l’état dépressif ambiant. J’entendais à la radio que les Français ont le moral plus bas que les espagnols malgré une petite reprise que l’on observe depuis début 2014. Et finalement, quand on se coupe des médias durant une semaine, on vit, on apprécie et le monde tourne toujours… Comme quoi!

  2. Uniformisation linguistique, orientation idéologique/politique, info spectacle et non vérification des faits. Les médias ne sont pas à la hauteur de leur mission.

  3. Je ne regarde jamais les infos à la télé -c’est vraiment terrible pour les enfants jeunes- et je ne les écoute quasiment jamais à la radio (pour la même raison)! Et pourtant, ce catastrophisme m’atteint encore au travers des autres médias: je vais donc lire le plus rapidement possible ce livre salvateur!

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