Je mange, donc je suis ?

La peur au ventre. C’est ainsi que l’on mange désormais, l’œil rivé sur le compteur de calories et appréhendant la valeur nutritionnelle de chacune des bouchées ingurgitées. Mention spéciale pour l’index glycémique (IG), dernière référence en date qui classe les produits moyennant le taux d’insuline qu’ils libèrent, déterminant ainsi si le sucre avalé finira ou non stocké dans les bourrelets. De quoi faire passer l’envie de se resservir une part de tarte, surtout si la culpabilité prendra le pas sur le plaisir. À charge de revanche. Naturelle et pour le moins essentielle, l’alimentation d’aujourd’hui n’a plus rien d’intuitif, les envies spontanées ayant laissé place aux glucides, lipides, et sacro-saintes fibres et protéines. On se croirait presque assister à un cours de chimie, ou devant le tableau périodique des aliments.

Prise de tête en plus du poids, un jackpot paradoxal : jamais l’Homme n’a autant intellectualisé le contenu de son assiette, guettant la moindre trace de gras et de sucre comme on sonderait des explosifs en terrain miné. Des petites « bombes énergétiques », la balance appréciera. À l’heure où les troubles alimentaires en tous genres relèvent d’une psychose quasi-généralisée, les scandales industriels n’ont fait que rajouter de l’huile sur le feu en faisant naître de nouvelles phobies et notamment ladite «orthorexie». L’obsession de manger « sain », un art de vivre à lui seul quand il ne vire pas au cauchemar. Si profusion de nourriture et malbouffe avaient déjà brouillé les sensations de satiété, les régimes à outrance et les échecs en série ne font qu’alimenter frustration et perte de contrôle. De la dictature des «cinq fruits et légumes par jour» aux«trois produits laitiers» conseillés, il est bien loin le temps où nos grands-mères nous forçaient à terminer nos assiettes. Ne parlons même pas de « saucer », sacrilège ! Au risque d’être réduits à compter les calories de notre propre matière grise, renouons plutôt avec le corps et les envies qui lui sont propres, savourant les mets de la vie sans pour autant finir écoeuré. Une saine gourmandise, en plein dans la fourchette du bonheur.

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80 réflexions sur « Je mange, donc je suis ? »

  1. Un article très juste, et très bien écrit. Je suis tout à fait raccord avec ton point de vue. Ma soeur a toujours souffert de quelques malheureux kilos « en trop » et manger représente pour elle un vrai casse tête.

    Justine

  2. j’avoue que je regarde pas mal les étiquettes. Mais à vrai dire, j’ai décidé de faire tellement de choses « maison » que je vais me prendre la tête de moins en moins. On mange plus sainement et surtout plus « reconnaissable » à la maison maintenant. Entendre mes enfants me réclamer des fraises au lieu des pépito… ça me plait bien. 😉
    Très bel article en tout cas!

  3. Personnellement la seule dictature qui règne chez moi elle celle d’un esprit sain dans un corps bien. Tant que je suis bien dans mes baskets et que mes artères ne sont pas bouchées par le sucre, je mange autant que mon estomac peut accueillir !

  4. tout est fait pour culpabiliser! le mieux c’est d’écouter son corps et ses envies! je rois que c’est la réussite pour se sentir bien!! 😉

  5. Met bien tu sais quoi, j’applaudis de mes deux mains 🙂 dans la vraie vie je travaille sur les comportements alimentaires et ton billet soulève bien des enjeux réels !

  6. J’avoue faire partie de ces personnes qui fait une fixette sur son corps ! Je ne suis pas grosse ni maigre , normale . Mais j’ai quelques petits bourrelets disgracieux à quelques endroits que j’aimerai voir disparaitre (on est jamais heureux ) . Je fais attention à ce que je mange sans jamais me priver , j’essaie toujours d’innover en matière de plats pour ne pas voir s’installer la lassitude .

  7. Tellement vrai! La société nous fait culpabiliser de manger ce qu’on aime si ce n’est pas sain. On ne voit plus que du « sans gluten » ou « sans sucre » sur nos produits. Il ne faut pas boire, ne pas manger gras,… faire du sport. Je suis d’accord avec ces derniers principes mais lorsqu’on en vient à faire une entorse à la règle, on culpabilise.

  8. Hello Polina, je n’ai pás lu tous les commentaires mais voila mon point de vue. J’aime lá vie donc j’aime lá nourriture et j’aime mon corps ce qui signifie que j’ai des kilos en trop mais je ne me laisse pás aller. J’aime être jolie et je refuse d’être dans une catégorie. J’achete de bons legumes au marché mais je peux craquer pour un kebab. Je faís du sport (relache totale cette semaine) dês análises de controle chaque année et tant que je suis en bonne santée, je vis….dês bises du Portugal où il né faít pás beau du tout donc… je mange ( jogging double lá semaine prochaine ;-))sorry pour lês fautes.

  9. Quelle belle réflexion et pour avoir travailler pour un site minceur je ne comprends que trop bien tes propos ! La nourriture doit rester avant tout un plaisir et surtout quand on a la chance de bien manger en France (parole d’expatriée à londres) La prise de poids résulte certainement parfois plus de frustrations plutôt qu’autre chose !

  10. Le décompte des calories est une chose qui me dépasse. Je pense que ça réduit totalement le plaisir de manger, et on en finit par oublier le plus important je pense : s’écouter et savoir si notre corps a besoin de plus ou moins manger, qu’est-ce qui lui fait envie… Apprendre à écouter son corps, c’est un long travail, c’est dommage d’entraver cet apprentissage par des calculs savants de calories ingérées. (:

  11. Ah tiens, je viens de lire un article dans le Time qui parlait du gras ^^
    Je regarde tout le temps les calories, mais honte à moi, je dis « c’est graas » et je mange. Ma gourmandise l’emporte haut la main, même si parfois, il faudrait que je me calme ^^
    Bel article en tout cas, comme toujours.

  12. Ah oui le coca rend complètement addict c’est sur !
    Ton article est magnifique, tu écris superbement bien 🙂
    C’est très agréable à lire !
    Des bisous

  13. Ah je plaise coupable, je regarde les calories de tout ce que je mange.. Mais des fois j’aimerais bien être un peu plus souple, malheureusement avec toutes les merdes qu’ils vendent maintenant, on est presque obligé de faire un minimum attention

  14. Ayant moi même un rapport plus qu’ambigu avec la nourriture, je ne peux qu’approuver tes mots, et c’est un combat quotidien pour beaucoup de se détacher de l’emprise de cette folie du contrôle, au dixième de carotte près 😉

  15. Perso, j’ai une bonne fée qui s’est penchée sur moi à la naissance quant à ce paramètre prise de poids : je peux manger (et boire) comme un p… je ne suis jamais sorti des 70 kg tout mouillé de mes 20 ans. Mais bon, j’aime bien garder en tête cette philosophie qui veut quand même que « nous sommes ce que nous mangeons ». Autre post probablement. Et sinon, quand le lave-vaisselle tombe en panne, une chose est sûre : « je mange donc j’essuie » 😉

  16. Retrouver les sensations de satiété et de faim peut prendre des semaines voir des mois quand on souffre de troubles alimentaires ou quand on fait des régimes sans arrêt! Mais une fois qu’on a fait le pas, de manger ce qu’on a envie sans compter, mais en respectant sa faim, devient une joie extraordinaire. Les diètes et le fait de calculer ce que l’on mange enlève totalement de plaisir! Par contre, des connaissances générales sur le sujet peuvent être de bonnes pistes de choix si on les utilisent sans se faire violence. Je sais de quoi je parle et je pourrais t’en parler pendant des heures!

  17. Ah, ça au moins, j’y ai échappé: je n’ai jamais réussi à grossir, même en essayant. Quoique, maintenant, si, c’est un peu la chasse aux additifs & co et recherche du bio, du sain et du naturel, mais ça ne me demande pas trop de compter (sauf mon argent 😉 )!

  18. Voilà un article qui ne me laisse pas indifférent, la santé aujourd’hui rime plutôt avec les intérêts des trustes de l’alimentation. Pour bien manger, je t’invite à la maison et tant pis si le beurre se trouve souvent avec la cuisson de mes poissons, le sucre voilà déjà bien longtemps que je les réduits à sa pur expression. Bisous Pascal

  19. Super article ! A mon sens, le rapport ç l anourriture et aux émotions est très lié. Les émotions conditionnent des restrictions ou compulsions, le bien être attire naturellement vers des choses saines > le corps s accoutume vite à ce que nous lui donnons (du bon usage d un jeûne et du sport) > rééquilibré il a de la répulsion pr la junkfood et les produits gras etc. Mais l unne va pas sans l autre, le bien être alimentaire est une convergence des deux : corps et esprit…bref tt un programme, j en parlerai des heures 😉

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