La fille de joie, ce grand stigmate

Une première « historique » avec un billet un peu spécial, dans lequel je vous propose de remonter le temps. N’ayez crainte, vous êtes en bonne compagnie. Car si l’on s’est prêtées au jeu du billet croisé avec Marine de Raconte moi l’histoire, c’est pour évoquer un sujet des plus piquants, à partir de deux documents trouvés sur Gallica* (références en fin d’article). Décrochez vos ceintures, nous allons voir les prostituées. Rendez-vous dans deux siècles.

illustration-courtisaneL’histoire est un éternel recommencement où la trainée a bon dos. Quoi qu’on en dise, la vie de p*te n’a rien de fun. Pas plus aujourd’hui qu’en 1830, du temps où les rues parisiennes grouillaient encore de jeunes frivoles la nuit tombée, lorsque les hommes se rendaient disponibles à leurs avances. Car si l’on dit que les murs ont des oreilles, les propriétaires de l’époque n’avaient pas encore la chance de disposer de boules Quies pour se protéger du bruit. Au grand dam des filles de mauvaise vie, dont les ébats sonores ont tôt fait d’agacer les riverains.

Accablé par les plaintes s’empilant chaque matin un peu plus sur son bureau, le préfet de Paris rapplique. L‘« inflexible Mangin » n’attendra pas l’invention du tapage nocturne pour en punir les principales responsables, par une ordonnance marquée du sceau de son courroux. Répression du délit de tapinage sur la voie publique, et tant pis si ces dames se retrouvent sans le sou. Cloîtrées dans des maisons closes, les voilà loin des yeux, loin des bourses. En mode silencieux, de quoi ravir la vertueuse épouse. Son cher mari, un peu moins.

« Ni pute ni soumise », le Paris d’antan s’élève pour sauver la demoiselle en détresse et contrer cet excès de zèle fort malvenu. Un épitre est même adressé au préfet « moraliste », dénonçant son injustice et vantant les mérites du plus vieux métier du monde. À savoir, soulager les braves de« l’adultère, de l’injustice, du viol et de la concussion ». On croirait presque à un service d’utilité publique, ou un noble commerce « dont le triste sort excite la pitié ». Pour une fois que les Messieurs ont su parler avec leur coeur…

« Rends à la liberté la fille du malheur :

Qu’on dise en la voyant repasser dans la rue :

« La femme par besoin ici se prostitue ».

Comme un air de déjà vu. Des questions d’hygiène aux horaires réglementaires et en passant par la tenue vestimentaire, la prostitution soulèvera de nombreuses autres passions dont Mangin ne sera pas le seul héritier à la préfecture de Paris. Moralité ? Deux siècles plus tard, le cas de la fille de joie fait encore débat : on ne sait toujours pas si l’on doit la laisser dehors ou la « foutre dedans ».

Prolongez le plaisir en retrouvant ici le billet de Marine. Article réalisé à partir des archives historiques de Gallica, doléances des filles de joie et épître à M. Mangin, à l’occasion de l’ordonnance défendant aux prostituées de se montrer en public.

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59 réflexions sur « La fille de joie, ce grand stigmate »

  1. Tu écris divinement bien. Une très belle plume pour un sujet polémique datant de la nuit des temps.
    Je te souhaite un bon début de semaine 🙂

  2. Comme quoi le principe de tout ce qui dérange doit être caché existe depuis bien longtemps.
    Bel article plein de sens et vif d’intérêt comme toujours.

  3. Pourquoi ton billet ne m’étonne pas ?? 😉
    A quelque part, tout ce qui est différent, dérange, je crois que le probléme commence par là.

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