Sade débauche le musée d’Orsay

sade-orsayDécidément, ça bande dur au Musée d’Orsay. Après Masculin/Masculin l’année dernière, au tour de Sade de défrayer la chronique à l’occasion du bicentenaire de sa mort, dans une exposition aux intentions sulfureuses et osées : « Sade : Attaquer le soleil ». Quoi de plus excitant qu’une bonne partouze en guise de teaser quand le divin marquis se met à dévergonder la culture ? Bien tenté, ce coup de buzz en viendrait presque à desservir le propos, noyé dans la densité de 400 œuvres comme un puceau dans la cohue d’une orgie.

Fallait le faire. Si la nudité n’est pas une première à Orsay, l’approche promotionnelle n’en reste pas moins déroutante de la part d’un musée. Surtout lorsque l’hommage attendu se sert davantage de l’aura de Sade comme prétexte à rassembler plusieurs œuvres sous une étiquette aguicheuse. Clandestin, débridé et longtemps lu sous le manteau, la fascination que suscite ce personnage est restée intacte au travers du temps. Rien d’étonnant donc à vouloir exploiter le juteux filon. De Goya à Picasso et en passant par Rodin, l’événement invite à explorer l’influence que l’écrivain a exercé sur les arts, illustrant le désir, son animalité et ses divers excès de cruauté. Citations des écrits à l’appui. Car « de même que Sade n’a pas inventé le sadisme, le XIXe siècle n’a pas découvert la violence amoureuse, mais va en faire l’une de ses préoccupations majeures » assure Annie Le Brun, la commissaire de l’exposition.

Malgré un parcours labyrinthique et légèrement « fourre-tout », Orsay recrée en finesse l’atmosphère occulte d’un authentique cabinet de perversités. Lumière tamisée, silence cachotier et subversif, c’est à peine si les visiteurs osent chuchoter. Spectateurs de leurs propres travers : humains, trop humains, inhumains. Si personne n’en ressort vraiment indemne, l’expérience vaut largement le coup de faire la queue.

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44 réflexions sur « Sade débauche le musée d’Orsay »

  1. Bonsoir Polina, ton article à propos de l’expo: « Sade:attaquer le Soleil », est friand et exquis comme une gourmande recette méditerranéenne. Ta narration est subtile et sagace, pleine de couleurs et de saveurs intenses. Ce qui me fascine dans tes textes, au delà des rythmes très harmonieux, est l’art de « faire allusion » avec la juste dose de malice, qui rend l’ensemble très séduisant. Deux lectures sont donc toujours possibles dans ton écriture, l’évidente au premier impact, et celle entre les lignes, encore plus raffinée et agréable… Merci Polina.
    PS. je m’excuse si mon français n’est pas parfait. A bientôt, Francesco.

  2. une multitude d’exposition en ce moment sur Paris et qui vont me passer sous le nez, celle ci m’aurait bien plus au même titre que celle de Nikki Saint Phalle…

  3. Hello, hello 🙂

    Merci pour cette review de l’expo, j’ai lu pas mal de critiques à son propos et je ne savais pas si elle valait vraiment le coup, j’ai donc ma réponse maintenant. Merci merci pour cette critique avisée !

  4. Heureusement que j’habite loin de Paris sinon un énorme dilemme se serait posé à moi: voir ou ne pas voir cette expo. Bien sûr, elle me donne très envie mais j’ai lu Sade et je sais que je n’en suis pas sortie indemne, alors tenter le diable à nouveau… ce serait presque masochiste!

  5. Cette expo c’est : « Sadisfait ou remboursé ? »
    Bravo pour le style de l’article, qui est tout sauf mou.
    Tes lecteurs apprécient quand tu n’y vas pas de main morte.
    « A queue oui », comme dirait Johnny, notre chanteur sadique national ! 😉

  6. Alors là chère Polina, je ne peux que m’incliner devant ce grand art que tu nous narres. De ça bande dur à faire la queue, tu manies décidément la langue comme personne et la grivoiserie avec le talent d’une tenancière de maison close. Si si, c’est un compliment, juré.

  7. quelle jolie opération marketing encore cette expo! en tout cas j’y susi allée e tj’ia aimé (j’ai adoré la roue de la fortune d’edward burne jones par exemple).
    ah et dans la queue ou j’attendais avec little love (qui a 3 ans) et des amis, on est quand meme venus nous prévenir du contenu de l’expo …. et oui, je suis quand meme rentrée avvec little love

  8. Le musée d’Orsay a un talent incroyable pour tirer le fil conducteur d’une thématique. L’exposition consacrée à Oscar Wilde à travers l’art reste l’un de mes meilleurs souvenirs. Parfois, je regrette d’avoir quitté Paris … parfois …

  9. Tu es géniale! Tu as su bien tourner ta phrase de conclusion!
    Cette expo doit être très excitante et le Musée d’Orsay a dû mettre le paquet!
    Merci pour l’info!
    Bises

  10. Une expo intéressante certainement ! Aujourd’hui plus grand chose choque les esprits et puis c’est un personnage célèbre ! Bravo l’article Poline

  11. as tu fait la queue Polina 😀
    ce Marquis sadique ou pas n’était pas ordinaire, vachement en avance pour une époque où il était craignos d’être un esprit libre , un provocateur , un rebelle qui pour avoir osé écrire et peut être fait (?) ce que la morale désapprouve a passé 27 années en prison et dans un hôpital de fou ou il est mort !

    Il a écrit ça à la Bastille

    A part ça je n’ai pas encore eu envie de le lire( sauf des extraits ) mais j’ai trouve sur Internet une de ses oeuvres complète  » Les crimes de l’amour  » qui n’est pornographique !
    Il était un autre Bukowski non ?

  12. savoureux ce petit article, beau maniement de mots! Polina, quelle coquinette! Je ne peux pas aller voir cette expo (trop prude…..non en fait je ne suis pas à Paris!).
    flo
    jaivoulutester.over-blog.com

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