Des larmes de crocodile

birkin croco_histoires de voir_emmanuelle_dessinLa chasse à l’homme est ouverte. Face au soulèvement planétaire qu’a provoqué la mort du lion Cecil, difficile de ne pas sortir les crocs contre ce dentiste amateur de trophées. Ce même genre de trophée que les plus opulentes d’entre nous exhibent fièrement à leur bras, sans s’émouvoir de la souffrance animale que coûte souvent la confection d’un tel accessoire. Le sac Birkin. Loin des yeux, loin du cœur. Mais jamais du porte-monnaie : en croco, lui aussi, bien évidemment. Si je suis la première à pouvoir m’extasier (comme bon nombre de femmes) devant la beauté des créations de grands couturiers, jamais je n’ai considéré le luxe sous le prisme de la cruauté. Tout simplement parce que le rêve ne s’achète pas au prix du sang, aussi « rare et cher » que puisse être notre bon plaisir.

En ce sens, le cri d’alerte lancé par l’actrice Jane Birkin la semaine dernière et agrémenté par une vidéo de la PETA, a fait l’effet d’une petite bombe dans la « sphère fashion ». Pas seulement parce que le sac mythique risquait d’être débaptisé : les extraits diffusés sont bien plus vertigineux qu’une paire de talons de 15cm. Alligators dépecés à la scie, tués avant même d’avoir atteint l’âge adulte et laissés à l’agonie pendant des jours : pas très « classe » comme image de marque, vous en conviendrez. Bien loin des slogans d’élégance, d’authenticité et de raffinement dont les grandes maisons usent et abusent. En connaissance de cause ? Rien n’est moins sûr.

Le propos ne vise pas toutefois à leur dresser un procès en jouant les rabat-joie: ça ne fera pas plus d’effet qu’une goutte de sang dans une marre déjà bien opaque. Si les grandes maisons cherchent tant à préserver « leur part de rêve », proposer des produits hors de prix ne fait plus le véritable privilège aujourd’hui : beaucoup de marques s’y adonnent. Face aux lois du marché et jusqu’au microcosme de la vie quotidienne, la seule exception qui vaille désormais n’est-elle pas de faire preuve d’humanité ? Car le luxe ne perdrait rien de son lustre s’il s’affranchissait de souffrances inutiles. Bien au contraire : il y puiserait tout son sens.

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55 réflexions sur « Des larmes de crocodile »

  1. Je te suis à 400%
    Bon quand tu sais qu’ils sont tués cruellement et dépecés vivants pour conserver la brillance
    Moi avec 45 OOO € je fais autre chose!
    Tellement copié en plus que je n’en ai même plus envie
    Beau billet
    Bisous

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