Le jour d’après

Sonnée. Comme après une bonne claque. À tel point qu’il m’aura fallu plusieurs jours pour pouvoir pondre quelques mots sur les touches du clavier. Un exercice d’autant plus difficile que ces lignes ne changeront rien à ce qui a pu – et pourrait encore – se passer. Réparer le coeur ; voilà le seul avantage que je tire aujourd’hui de ce billet, car quel impact de simples paroles peuvent-elles avoir sur autant de barbarie ? Plutôt que de rester cloitrée chez moi à pianoter en silence, jamais je n’ai eu tant envie d’aller m’aérer qu’en ce samedi meurtri. Pourtant, ce matin-là, ma rue ne sentait pas le bon pain : le boulanger avait fermé boutique, puisque personne ne serait venu chercher des croissants de toute manière. Les bars voyaient tous le verre à moitié vide. Les hurlements des sirènes ont fait office de réveil, devenus depuis une semaine notre refrain quotidien. Le ciel aurait pu lui aussi faire son deuil de trois jours ; grand bien lui fasse d’avoir retourné sa veste pour inviter les Parisiens à étancher leur soif. Leur soif de vivre bien au-delà du lever de coude, comme en témoigne très joliment ce commentaire d’un lecteur du New York Times.

Si personne ne profite autant de la vie que la France, que reste-t-il de mieux à faire que de croquer la pomme encore plus fort ? Les épargnés continueront de vivre, les endeuillés réapprendront doucement à le faire; pour sourire, rire à nouveau, boire, débattre de bon cœur et surtout ne jamais plier les genoux. Sauf, bien entendu, pour aller s’asseoir en terrasse. Aimer la vie à en mourir : voilà la meilleure réponse que de simples mortels peuvent apporter à la cruauté, en France comme dans ces pays tyrannisés au quotidien et dont personne ne parle plus. C’est pour cette même raison qu’il ne faut pas succomber au « pathos » ou à la peur, car ils n’aideront personne à se relever. Paris pleure peut-être, mais elle est de ces femmes dont les larmes ne gâchent rien à leur beauté. Preuve en sont les messages de soutien et d’amour qui circulent par milliers ces derniers jours. Amour, oui. Évidemment. Mais pas à sens unique. Faut-il vraiment finir victime de ses bons sentiments ?

*Artiste de l’image à la Une : Lolie Darko.

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37 réflexions sur « Le jour d’après »

  1. Mais pourquoi ces cibles et pas d’autres? je voudrais comprendre. C’est peut-être encore trop tôt d’essayer de comprendre.

  2. Coucou Polina… Vachefollette, à son tour, vient voir comment tu vas. Ca fait un moment. j’espère que tout va bien pour toi.
    De drôles de temps ces-temps-ci, de quoi se cloîtrer dans son enclos avec ses petits veaux et fermer les barrières à double tour… mais comme tu le dis avec autant de douceur, il ne faut pas se replier, mais aller de l’avant et mordre dans la vie à pleines dents.

  3. tout est dit… et comme tu dis rien de ce que l’on dit ne changera malheureusement les evenements. En revanche notre façon de penser peut changer les choses 🙂 Merci pour ce billet ❤

  4. Aujourd’hui, comme hier, Bruxelles est paralysée non par la peur mais par la lâcheté, où on « interdit » à la population de sortir, de se déplacer, d’aller en terrasse … de sourire, presque.

    Le politique joue à faire peur, à son tour …

  5. Il ne faut pas succomber à la peur: c’est le leitmotiv du moment.
    Et pourtant, comment ne pas être sensible à cette terreur qui s’impose à nous, au moins pendant ces quelques jours de deuil.
    En espérant que l’avenir soit placé sous de meilleures augures.
    Et que nous puissions reprendre notre douce vie parisienne.
    Prend soin de toi, bises

  6. j’espère que la soif de vivre reprendra vite le dessus. pour l’instant, ce n’est pas encore gagné…
    gros gros bisous! heureure d’avoir des nouvelles de chacun en ces moments! je pense bien à toi!!!!
    et si si cette fois je tenvoie plein de bisous

  7. J’avais hâte de lire ton billet, je savais que tu trouverais le ton juste pour en parler et partager tes émotions avec nous. On ne peut pas répondre ou commenter des billets aussi merveilleusement bien pensés, juste en savourer chaque ligne et en tirer toute l’énergie nécessaire pour aller de l’avant.
    Merci et douce pensée à toi Poline…

  8. Très beau texte, Polina, très touchant, merci. Je te comprends tellement moi qui n’ai pas encore réussi à aligner trois mots sur le sujet sur mon blog. Bises de Nice, le pays des excités de la sécurité 😦

  9. C’est bien d’avoir attendu avant d’écrire. Ainsi as-tu pu penser le drame et livrer une réflexion à froid. Nous pensons à vous depuis la Province. C’est une peine infinie que la Ville Lumière soit plongée dans le noir… Ici aussi nous y pensons constamment depuis vendredi et on se sent impuissants !

  10. Je me suis retrouvée dans la même situation que toi : impossible de mettre de mots sur ce que je ressentais, impossible de mettre des mots sur tout ce chaos… Mais j’y suis parvenue, ou presque, grâce à deux enfants avec qui j’ai discuté (j’ai d’ailleurs publié un texte sur mon blog). Les mots ne changent rien, la barbarie reste la même. En revanche, comme tu l’as dit, les mots permettent d’extérioriser ce que l’on ressent. Et on ressent combien tu as mal, à travers tes mots. Je te souhaite de rester forte face à tout cela, à rire et à sourire, car personne n’a le droit de nous forcer à rester malheureux.

  11. Que j’aimerais savoir mettre des mots si justes sur la dernière semaine… Moi, sans quinzième degré, je ne suis rien, mon maelström intérieur ne sait pas sortir sans filtre. Tu m’as touchée. Merci.

  12. Beaucoup de larmes et de bons sentiments ont été déversés après Charlie. Quelles leçons en ont été tirées pendant ces 10 mois ? Maintenant ce ne sont plus « les caricaturistes-qui-l’ont-bien-cherché » ou « les juifs-parce-qu’ils-sont-juifs » qui sont touchés. Alors que va-t-ON faire ? Où en serons-nous dans un mois, dans un an ?

  13. Ton texte est poignant et sonne juste. Il n’en fait ni trop, ni trop peu.
    Je suis choquée par tous les attentats qui ont lieu un peu partout dans le monde et dont la plupart passent sous silence. Dommage pour ses victimes!
    Je ne suis pas Paris, je ne suis pas Charlie, je ne suis pas Diesel, je suis toutes les villes et toutes les victimes de la tyrannie de cette triste époque. Et je commence a avoir peur pour mon enfant qui grandi en mon sein en ce moment-même. J’espère qu’il pourra comme moi, aller boire un verre avec ses amis en terrasse, aller à un concert et voyager à travers le monde.

  14. déjà qu’en province on est bouleversé mais aussi apeuré alors à Paris !
    je suis venue voir après cette horreur sur ton espace si tu étais encore de notre monde Polina et grace à ton Twitter j’ai vu que ouiiiiiii
    bisou belle écrivaine

    Quant à ces pays tyrannisés au quotidien et dont personne ne parle plus moi j’y pense …

  15. Je suis très touchée par ce qui c’est passé, mais je suis aussi attristée parce que j’ai l’impression qu’on fait une sélection sur la médiatisation de ces catastrophes.
    Bref, je vais aller vivre en Laponie.

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