Langue de bois

Le « bien parler » rend-il con ? C’est en tout cas l’impression que donnent certains interlocuteurs qui se sentent toujours obligés de vous reprendre à la moindre coquille. Par amour de la langue de Molière, parait-il. Ou plutôt par snobisme : car il en va du langage comme de la grande cuisine. Dans l’un comme dans l’autre, transgresser les règles peut très vite s’avérer acrobatique, surtout si l’on déroge à la recette d’origine. Entre puristes, élitistes et téméraires, chacun y va de sa petite cuillère quitte à faire passer pour un idiot celui qui ne maîtrise pas toutes les subtilités du français. Certains en tirent même un certain plaisir. Culture et confiture…

On ne parle pas de la grammaire, de l’orthographe, ou des indispensables fondamentaux qui font que tout le monde – ou presque – arrive à se comprendre. Encore heureux, sinon ce serait la bouillabaisse linguistique assurée. Mais pourquoi s’accrocher coûte que coûte à la forme pour négliger ce qu’il y a finalement de plus important dans un dialogue ? Le fond. Et rater l’occasion d’un bel échange.

Car on aura beau s’auto-proclamer chevalier des belles lettres, rabaisser systématiquement ceux qui n’en connaissent pas les finesses ne leur donnera pas plus envie de les découvrir. Bien au contraire. N’est pas Molière qui veut : lui au moins savait jouer avec les mots ! Autant s’en inspirer pour épicer son propos.

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22 réflexions sur « Langue de bois »

  1. Ton écriture est toujours si agréable, je regrette d’avoir si peu de temps pour passer par ici !
    En tout cas pour ma part, je n’ai pas de temps à perdre avec des personnes qui préfèrent parler pour ne rien dire 😉

  2. Texte magnifiquement rédigé comme à ton habitude chère Polina et je te rejoins entièrement sur le fait que le fond prime sur la forme pour développer le dialogue 🙂

  3. Bien dit Polina ! Vivement le temps où nous ponctuerons nos relations de tolérance et d’accueil de la parole de l’autre… Dans une autre vie ? Je suis patiente 🙂

  4. Qu’est ce que j’aime lire de type d’article, ayant fait Lettres Modernes on m’a bassiné avec l’orthographe et la grammaire… J’en ai soupé ! La langue de Molière évolue et a évolué depuis de nombreuses années il faudrait être un peu plus souple je pense 🙂
    Biz Jeny

  5. Hello Polina,
    J’ai adoré ce post plein de jeux de mots qui rend hommage à la langue de Molière. Et peu importe si il y a des fautes d’orthographes. On a beau se lire et re lire, il y en reste toujours une petite, bien cachée, et ça n’empêche pas de comprendre le texte ce qui est, à mon avis, le plus important 🙂
    Bisous et bon weekend
    Mimi

  6. Et à m’excuser pour les fautes dans mon post 😉
    Je vérifie en général avec Word mais l’appli ne voit pas tout et à la relecture j’en découvre, mais parfois j’écris encore et ne refais pas de re-contrôle.
    Un ami enseignant qui se plaignait des fautes de ses élèves dans les devoirs même fait maison et à qui je demandais si les correcteurs de Word n’étaient pas utiles, me disait : a / beaucoup ne pensent pas même à les utiliser etc e malgré les soulignements b/ ceux qui utilisent font souvent du « modifier » systématique ce qui rajoute des fautes c/ presque personne ne relie après la correction de l’application.
    Il y a donc quand même des endroits où il est nécessaire de pinailler. Parce que les patrons par exemple lisent très scrupuleusement les lettres de motivations tant sur le fond que sur la forme.
    En passant, avez-vous déjà entendu parler des vielles personnes qui ont fait leur scolarité avec des instituteurs de la Troisième République.je me souviens de cette grand-mère ancienne employée des PTT qui parlait comme Simone de Beauvoir. Un délice à entendre.

  7. Bonjour chère Polina !

    Je ne voudrais pas jouer au plus fin (« Втирать очки ») et précisément devenir suspect de jeter de la poudre aux yeux à seule fin de faire croire que mon Français serait meilleur que le vôtre ou que celui de quiconque.
    Mais je ne peux quand même pas m’empêcher de remarquer que votre titre « Langue de bois » désigne tout autre chose que la préciosité voire même l’intégrisme linguistique que vous décrivez par la suite.
    Vous le savez d’autant plus que l’expression « langue de bois » trouve son origine dans la très russe « langue de chêne » ( littéralement «Язык дуб» non ?) qui désignait ironiquement dès avant la Révolution les circonvolutions et mensonges de l’administration tzariste puis soviétique et qui est arrivée dans la langue française en passant par la Pologne et plus précisément « Solidarność » La « langue de bois » de l’homme politique c’est donc plutôt l’art d’éluder les questions que de montrer sa supériorité dans la connaissance de la langue.
    Mais loin de moi l’idée de faire passer ma petite cuillère. Je déteste sans doute autant que vous les précieux qui ne cesse de la ramener. Au point où il m’est même arrivé de changer d’horaire de train pour ne plus avoir à supporter les péroraisons gonflantes d’un écrivaillon spécialiste d’un grand poète français mais qui semblait n’en pas revenir. Tandis que la moindre babouchka vous cite Pouchkine juste pour ensoleiller votre journée !
    Pour ne pas avoir su un mot de français avant que d’arriver en maternelle, je suis devenu un amoureux des langues, peu importe d’ailleurs que je les comprennes ou non . Déjà la musicalité du russe ou du farsi ou du vietnamien, etc… Enfant, je cherchais à les reconnaître reine qu’au son en voyageant sur les ondes courtes.
    Donc entièrement d’accord avec vous pour ce qui concerne une certaine attitude de précieux pinailleurs, mais je ne ferais pas la distinction que vous tentez entre la forme et le fond. Tout simplement parce que les deux ne peuvent être que liés : « Ce qui se pense bien… »
    Et c’est bien là où se situe le miracle de toute langue. Les nuances dans les expressions ne permettent pas simplement de sourire quand aux différences de métaphores mais aussi de découvrir une « Stimmung » comme diraient les Allemands, une âme comme diraient les Russes, un esprit comme dirait les Français, le Witz dirait Freud. En ce sens, j’ai sur mon téléphone et mes ordis des abandonnements et applis qui me permettent de recevoir chaque jour un nouveau mot, une nouvelle expression, une citation littéraire. Je suis cela le conseil d’un vieil homme enseignant qui avait épousé l’infirmière allemande qui avait soigné ce soldat d’une autre armée durant la guerre et qui me disait presque chaque fois qu’il me voyait de lire le dictionnaire. Las des abbés, abats et abaques j’ai commencé par le Z ( aussi parce que cela allait plus vite 😉 )
    Il y avait une émission sur France Culture où des journaliste comparaient les expressions de leurs pays respectifs. C’était passionnant ! Le fond va avec la forme si la personne qui vous reprend ne cherche pas qu’à bêtement affirmer sa supériorité, mais a le désir sincère de vous faire partager la passion de sa langue par exemple, et de sa culture ( pas au sens de confiture bien sûr) et surtout l’amour sincère de celle-ci. En ce sens il faut peut-être cesser de penser les rapports simplement en termes d’esbroufe et de supériorité/infériorité, ce qui est, je sais presqu’impossible dans certains salons parisiens où la conversation est toujours test social.
    Mais bon, cessons là la logorrhée.
    A vous remercier Polinacide pour vos articles qui incitent toujours à la réflexion
    Большое спасибо !

  8. Coucou Polina,

    c’est toujours un réel plaisir de te lire et je suis tout à fait d’accord avec cet article ! Je suis, on va dire, bien placée pour le savoir, je viens du Nord avec le snobisme, les clichés sur notre « langage » on le connaît haha. Pourtant j’adore la langue française, les expressions surtout et je m’y intéresse beaucoup ! 🙂

    Bisous, bon week-end !

  9. Je suis tellement d’accord… Et je trouve que c’est pareil pour les fautes d’orthographe. Il faut savoir fermer sa bouche, et juste accueillir l’émotion, la qualité ou la beauté du propos, en oubliant les fautes qui pourtant nous trouent les pupilles comme les fautes de français peuvent nous percer les oreilles : on se contient, on respecte son prochain, on l’écoute pour de vrai au lieu de le mettre en situation d’examen !

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