L’art de s’empiffrer à Rome

Après l’effort, le réconfort. Aujourd’hui c’est férié, alors pour l’occasion on vous a concocté deux billets spécial ripaille avec Raconte-moi l’histoire, tirés du Manuel des antiquités romaines de Joachim Marquardt, déniché sur Gallica. Puisque la faim justifie les moyens, vous en reprendrez bien une part chez Marine ?

Vomir, c’est repartir. Et ça ne vaut pas que pour l’alcool chez nos amis les Romains. Si la réputation de leurs orgies déchainées les suit sans relâche à travers les siècles, c’est parce que la demi-mesure n’a jamais été leur fort. Au lit comme à table, rien ne se consomme avec modération: un coup d’œil au menu suffit pour le comprendre. Mise en bouche.

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50 raisons d’être frustré

À deux, c’est mieux. Et c’est surtout plus amusant. C’est ce qu’on s’est dit avec Cinéluctable pour notre première collaboration « ciné », inaugurée avec le très attendu Cinquante nuances de Grey. Histoire de marquer le « coup », quoi.

50-shades-of-GreyRien de tel que l’interdit pour faire monter l’excitation : ça, l’équipe marketing de Cinquante nuances de Grey l’a bien compris. Après avoir chauffé les ménagères à grands coups de BA sulfureuses, la sortie du film s’est doublée subitement d’un embargo sur les critiques, de quoi attiser un peu plus l’effet d’hystérie. Un retrait dans les règles de l’art, mais pas sans bavures. Frustration garantie côté presse : la voilà muselée et réduite au même sort que cette pauvre Ana, forcée à se taire au risque de récolter une sévère fessée. Finement orchestré, le coup de comm’ ferait presque un sans fautes tant il reprend le principe même de séduction : je te fuis, tu me suis. Mais il en va de l’effet de buzz comme des passions éphémères : la tension va crescendo pour finir dégonflée comme un flan. Mi-molle, tout au plus.

Verdict après tant de matraquage médiatique ? Trop de bruit pour pas grand chose. Si Cinquante nuances de Grey raconte bien une histoire d’amour à l’eau de rose, la mièvrerie ne laisse que très peu de place au piment annoncé. Manque d’action, de rythme, et bien entendu de cul : rien de bien croustillant à se mettre sous la dent donc, hormis quelques gémissements et deux-trois scènes pseudo-coquines. Résolument plus cucul que SM: allez donc fouetter d’autres chats le soir du 14 si vous voulez vraiment « lâcher prise ».

Le choc d’être en cloque

bulletin-allaitementVoilà, c’est dit. À force de courir les prostituées avec Marine, il advint ce qui devait arriver. Un polichinelle dans le tiroir, pire encore qu’un Kinder surprise empoisonné : de quoi chopper le baby blues avant l’heure. Si parmi les phobies les plus répandues aujourd’hui reste encore celle de tomber enceinte, ne mésestimons pas l’intensité du bonheur « d’être pleine », au sens propre comme au figuré. Retour en 1902 : guide de survie de la jeune maman de l’époque.

Avoir une brioche au four et rien à se mettre sous la dent, en voilà un curieux paradoxe ! Et pourtant, une bouche de plus à nourrir n’a jamais écarté la famine, surtout à l’époque où le congé maternité relevait de l’utopie pure et dure. À quel sein (oui, j’ai bien écrit sein) se vouer lorsqu’on n’a plus ni le sou ni casse-croûte ? Incroyable mais vrai, des refuges spécialement dédiés aux femmes enceintes existaient déjà il y a plus d’un siècle, mis en place par Madame Béquet de Vienne, une femme de bien. Des Restos du coeur à la sauce 1900, somme toute, qui tentent «un effort minuscule pour supprimer de véritables tortures». «Le ventre vide, les yeux hagards» : on se croirait presque dans un refrain des Enfoirés. Lire la suite « Le choc d’être en cloque »

La pute et le curé

Après une première fois des plus jouissives, on a remis ça avec Marine. Dans le deuxième volet de nos tribulations historiques, voici la soirée « pute et curé » comme on n’en fait plus de nos jours, avec le détail des participants déniché sur Gallica. À l’ancienne.

pute et curé illustrationLa barbe ne fait pas le curé, pas plus que la toge ni le vœu de chasteté. Si l’on dit souvent que l’enfer est pavé de bonnes intentions, le religieux de l’ancien régime n’a rien d’un ange. À défaut d’avoir des ailes, il sait se poser les questions qui fâchent, en commençant par celle du célibat sacerdotal. Feu de Dieu ! À quoi bon se forcer à porter cette croix quand l’Éternel en personne a ordonné de s’aimer les uns les autres ? C’est à n’y rien comprendre. Plutôt que d’oser contredire la volonté divine en démêlant le vrai du faux, autant aller croquer la pomme tant qu’elle est encore juteuse. Lire la suite « La pute et le curé »

La fille de joie, ce grand stigmate

Une première « historique » avec un billet un peu spécial, dans lequel je vous propose de remonter le temps. N’ayez crainte, vous êtes en bonne compagnie. Car si l’on s’est prêtées au jeu du billet croisé avec Marine de Raconte moi l’histoire, c’est pour évoquer un sujet des plus piquants, à partir de deux documents trouvés sur Gallica* (références en fin d’article). Décrochez vos ceintures, nous allons voir les prostituées. Rendez-vous dans deux siècles.

illustration-courtisaneL’histoire est un éternel recommencement où la trainée a bon dos. Quoi qu’on en dise, la vie de p*te n’a rien de fun. Pas plus aujourd’hui qu’en 1830, du temps où les rues parisiennes grouillaient encore de jeunes frivoles la nuit tombée, lorsque les hommes se rendaient disponibles à leurs avances. Car si l’on dit que les murs ont des oreilles, les propriétaires de l’époque n’avaient pas encore la chance de disposer de boules Quies pour se protéger du bruit. Au grand dam des filles de mauvaise vie, dont les ébats sonores ont tôt fait d’agacer les riverains.

Accablé par les plaintes s’empilant chaque matin un peu plus sur son bureau, le préfet de Paris rapplique. L‘« inflexible Mangin » n’attendra pas l’invention du tapage nocturne pour en punir les principales responsables, par une ordonnance marquée du sceau de son courroux. Répression du délit de tapinage sur la voie publique, et tant pis si ces dames se retrouvent sans le sou. Cloîtrées dans des maisons closes, les voilà loin des yeux, loin des bourses. En mode silencieux, de quoi ravir la vertueuse épouse. Son cher mari, un peu moins. Lire la suite « La fille de joie, ce grand stigmate »

Oleg Dou, plastique mais pas toc

L’âme humaine mise à nu. Traits lissés, regard figé et visage dénué d’expression, telle est la signature magnétique du photographe Oleg Dou, une valeur montante du marché de l’art découvert par Liza Fetissova, commissaire de l’exposition. Inconnu du grand public il y a seulement quelques années, cet alchimiste de l’image s’est très vite imposé grâce à une esthétique aussi lustrée que stérile, reconnaissable parmi toutes. Une griffe découverte par pur hasard, dont le succès est d’autant plus paradoxal que l’artiste« détestait être photographié dans son enfance », vivant chaque prise de vue comme un« véritable traumatisme »« Le rendu était décevant, j’avais exactement la même expression stoïque sur toutes mes photos…alors la meilleure solution que j’ai trouvée a été de me cacher derrière l’objectif » confie-t-il. Comme pour prendre sa revanche sur cette blessure originelle, Oleg Dou reproduit en série – non sans acharnement et avec une précision chirurgicale – ce visage atone qui fut longtemps le sien. Un plaisir qu’il qualifie lui-même de « sadique », tortionnaire projetant ses propres angoisses dans le prisme occulte que deviennent les modèles. Androgyne, futuriste et quasiment dénuée de chair, cette succession de visages anonymes perturbe autant qu’elle fascine, sans jamais laisser indifférent. Lire la suite « Oleg Dou, plastique mais pas toc »

L’attaque des drones

Alors que la rediffusion intégrale de Star Wars se poursuit sur M6, la France s’engage à son tour dans « la guerre des drones ». Des vols d’essais au recours massif à des armes d’attaque, les projets dépassent désormais les cercles d’initiés et soulèvent de sérieuses inquiétudes. La plus grande étant l’émergence d’un monde où la machine ferait « sa » propre guerre de façon autonome et non contrôlée.

Predator, Reaper ou encore nEUROn. Autant d’ « objets violents non identifiés »(cf. Grégoire Chamayou) en train de miner le concept de guerre « juste » tel qu’on le connaît depuis Sun Tzu et la Grèce antique, dont l’idéal élève le courage au panthéon des vertus martiales. Sonnant la fin du corps à corps et le recul de l’humain, le drone change-t-il pour autant le paradigme militaire ?

« La guerre moderne est invisible, la distance lui ôte sa gravité » N. Abé.

droneMort à distance, droit unilatéral de tuer et illusion de toute puissance, nombreux redoutent les dérives d’une chasse à l’homme d’une cruauté inédite, opposant prédateurs et victimes. L’effet Playstation en cause, puisqu’il suffit d’appuyer sur un bouton pour éliminer la cible. « Remote killing ». Si une guerre sans visage renforce encore son inhumanité, pour Jean-Marc Moshetta, professeur d’aérodynamique et membre du Micro Air Vehicle Research Center, le drone pourrait pourtant devenir l’emblème d’une nouvelle éthique, tranchant avec les boucheries d’autrefois. Notamment, « en moralisant les robots et refusant de mécaniser les opérateurs qui les contrôlent ». L’avènement du bien-tuer à coups de frappes chirurgicales, au sein d’un champ de bataille robotisé, plus « propre » et hautement high-tech. Lire la suite « L’attaque des drones »

L’infini passé au crible

Lorsqu’Hergé a fait marcher Tintin sur la lune en 1957, il était bien loin d’imaginer que l’espace deviendrait le terrain d’une compétition ouverte entre puissances spatiales en devenir. Lancement de satellites, surveillance des orbites basses ou encore « arsenalisation » : les projets fusent au-dessus de nos têtes. Rencontre avec le général de division aérienne Yves Arnaud, commandant du Commandement Interarmées de l’Espace.

751px-Earth_Rise_as_Seen_From_Lunar_SurfaceDepuis qu’un tir chinois a détruit un satellite en 2007, le tabou des armes spatiales a été levé. « S’il n’est pas question de conflit, l’espace devient un nouvel enjeu de confrontation militaire », affirme le général Yves Arnaud. Un an plus tard à peine, les Etats-Unis répliquent, détruisant à leur tour un de leurs satellites « en perdition ». « Le berger répond à la bergère ». Une démonstration de force qui n’est pas sans conséquences, puisque l’explosion créée des débris spatiaux par millions, dont les risques de pollution et de collision ne sont plus à démontrer. Sachant qu’un seul déchet d’ 1cm3 suffit pour anéantir un satellite de plusieurs tonnes, autant dire le danger est réel, surtout dans le cas d’une réaction en chaine (le syndrome Kessler). Yves Arnaud l’assure, « on ne saurait nommer le chaos que provoquerait une coupure du GPS sur terre ». Lire la suite « L’infini passé au crible »

Jamini, un lotus incandescent

La caresse de l’audace. Après plusieurs années passées chez l’Oréal, Usha Bora crée Jamini Design en 2009 pour partager, au travers de ses créations, le savoir-faire artisanal de sa région natale et rompre avec les idées reçues sur l’Inde. De Paris à l’Assam, un chant d’amour porté à 10 000 kilomètres. Lire la suite « Jamini, un lotus incandescent »