À toi, Charlie

jesuischarlieQuand les mots manquent, on en vient aux mains. Alors que la France entière peine à se remettre du terrible attentat au siège de Charlie Hebdo, une question demeure sur toutes les lèvres, qu’on hésiterait presque à prononcer à voix haute. Sortir sa langue de sa poche mérite-t-il la peine de mort désormais ?

Si la vérité peut fâcher autant qu’une blague acerbe, personne n’aurait pu imaginer qu’elle embraserait les esprits au point de réduire toute une rédaction au silence. Charb, Cabu, Tignous, Wolinski et bien d’autres ne sont plus. Muselés de force pour ce qu’ils savaient faire de mieux : du rentre-dedans. Un prix bien élevé pour l’impertinence accomplie. Satirique, libertaire et souvent offensif, Charlie Hebdo ne se résume pas à un torchon raciste pour autant, n’en déplaise à ses détracteurs les plus farouches.

Au risque de choquer, bousculer et attiser les passions, ce journal est resté fidèle à sa ligne de conduite de départ. Le rire, car c’est le propre de l’Homme. Tout comme l’auto-dérision d’ailleurs, aussi déplaisante soit-elle quelques fois. Puisqu’une telle barbarie ne peut que laisser sans voix, consacrons une minute de silence en hommage aux familles des victimes et à mes confrères de plume et de crayon. Car «nous sommes tous des Charlie».

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La France n’aime pas les riches

France aime pas richesPersonne n’aime les riches. Et les Français tout particulièrement, qui ont même fait de la haine du fric un véritable sport national. À force de se répéter en boucle que « l’argent ne fait pas le bonheur », aurait-on fini par oublier qu’il y contribue quand même foutrement bien ? Un dicton aussi rassurant qu’hypocrite, dont les plus pingres sont bizarrement les plus friands, se défilant illico lorsque vient le moment de payer l’addition. La bonne planque. Lire la suite « La France n’aime pas les riches »

Boucle-la !

Faucon yaka Grande gueule. Quelle autre expression typiquement « frenchy » pourrait-elle mieux qualifier les « Je-sais-tout » qui nous agacent ? Spécialistes de tout et experts en rien, ces nuisibles ne ratent pas la moindre occasion d’étaler leur confiture, quitte à déborder sur les tartines des autres sans y avoir été conviés. Qu’importe si leur science infuse aussi mal qu’un sachet de thé premier prix, surtout quand l’urgence d’ouvrir son bec devient palpable. Sous couvert d’un « caractère fort » en réalité infantile, le bien-pensant rappelle l’oisillon braillard incapable de fermer son clapet. Il piaille et piaille, sans jamais décoller du nid : la dialectique du « qui parle trop et agit peu ».

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La solde folle

Pire que l’épidémie de gastro, voici venue la fièvre acheteuse. Chaque année, la même rengaine : frappant ses victimes par millions à grands renforts de 60, 70 puis même 80%, les soldes font chauffer la carte bleue jusqu’à décimer la moindre trace de bon sens qui viendrait prévenir un achat inutile. Plus, plus toujours plus ! Sans modération. Cédant volontiers à la pression consumériste et à l’euphorie de la promo, des millions de Français partent en croisade pour quérir le Graal dont ils se sont pourtant passés pendant tant d’années. D’optionnel, il leur est devenu indispensable, quitte à se taper la cohue dès l’entrée de la boutique et même poser leur dernier jour de congé, histoire d’être le premier dans les starting blocks. On ne plaisante pas avec le rabais, surtout en période de crise. Un vrai bal populaire. Lire la suite « La solde folle »

Le triomphe de la « bien-pensance »

Le cri © Stéphane Gibert
Le cri © Stéphane Gibert

Longtemps prônée comme une valeur sacro-sainte de la démocratie, la liberté d’expression a pris du plomb dans l’aile. C’est le triste constat du tapage médiatique qui déchaine les passions autour du cas Dieudonné depuis plusieurs semaines, sans pour autant trouver de réponse à l’insoluble équation républicaine. À savoir, distinguer la liberté d’opinion de l’injure. Sal gosse, l’humoriste a osé transgresser l’interdit, défiant ses détracteurs à grands renforts de « quenelles ». Un geste a priori humoristique devenu presqu’aussi tabou que le salut nazi, révélateur de la surenchère d’un malaise sociétal étouffant. Si Oscar Wilde affirmait que « vice et vertu constituent pour l’artiste des matériaux de son art », depuis quand le rire devrait-il faire l’objet d’une réglementation ? Le spectacle a beau faire fi de l’éthique, « on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde » et surtout sous condition de l’acceptable prédéfini. Lire la suite « Le triomphe de la « bien-pensance » »

Foodporn, les yeux plus gros que le ventre

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Les muffins selon mon amie Estelle, fin gourmet et cuisinière hors-pair.

Une orgie des papilles. A l’heure où pas une seule minute ne s’écoule sans qu’un compte Instagram ne poste la photo d’un mets délicieux, le foodporn est en passe de devenir une véritable obsession. A l’origine pourtant, le terme faisait simplement référence à la présentation érotisée des aliments dans la publicité, rien de plus. Autant dire que le pouvoir d’Internet a poussé l’excitation visuelle à l’extrême et jusqu’à la boulimie collective. Gâteaux, glaces, pâtisseries et autres gourmandises s’enchainent comme des petits pains aux côtés de légumes et plâtrées de fruits de mer, le tout en HD et avec la meilleure résolution possible. Sans distinction entre aliments « sains » et « interdits », les réseaux sociaux ont muté en un immense buffet dionysiaque, révélateur d’une psychose contemporaine du culte culinaire. Lire la suite « Foodporn, les yeux plus gros que le ventre »