Tu peux pas test

Il m’arrive (parfois) d’avoir des éclairs de génie que gâchent (beaucoup plus souvent) des idées débiles. Et cette fois-ci je ne me suis pas loupée. Prise d’une folle envie de descendre voir mes proches, je me retrouve à prendre un billet le seul week-end où la Gare de Lyon est fermée exceptionnellement en raison de travaux. Bien évidemment. Pas grave, me dis-je, je prendrai le train lundi matin avant d’aller bosser. Pfiou. Quelle mouche m’a piquée ? La perspective de rester un soir de plus en famille me paraissait pourtant très bonne. C’était sans compter que cela fait un bout de temps je n’ai plus 20 ans : réalité que j’ai tendance à oublier soigneusement pour éviter d’angoisser à l’approche de la trentaine. Résultat ? Bouffie, crevée, déchirée, comme si j’étais bourrée : c’est dans cet état que j’ai du encaisser tout le reste de ma journée à la rédaction, au bout de ma vie avant même qu’elle ne commence. Top. Lire la suite

La société de la fatigue

societe-de-la-fatigue« Fatigué d’être soi ». Voilà une formule qui titillerait dans sa tombe Jean-Paul Sartre en personne, car il n’est d’enfer plus destructeur pour l’Homme que celui que chacun engendre en lui-même. Dépression, burn-out, syndrome borderline ou encore anxiété chronique : autant de « surchauffes » neuronales manifestes d’une brûlure de l’âme, en réaction à ce « moi » idéal devenu trop lourd à porter. Chacun ses tics, chacun ses tocs : jusqu’à ce que le fardeau vire à l’infarctus. C’est le triste constat que porte le philosophe Byung-Chul Han sur notre « société de la fatigue », dont l’excès de positivité a fini par user le sujet « plus vite qu’une roue de hamster qui roule inévitablement sur elle-même ». Yes we can, disait-on pourtant : comme si l’impératif de perfection n’a fait qu’enfanter des ratés chroniques.

photoDevenu son propre loup, Narcisse ne peut même plus se voir en peinture, pris en otage entre l’exigence de performance et son égocentrisme asphyxiant. « Victime et bourreau, seigneur et valet » : auto-tyran d’un supplice qu’il a lui-même créé et dont il ne peut plus s’extraire, comme voué à jouer toutes ses cartes quitte à finir consumé. Un comble à l’époque où le bien-être affiché s’érige en nouveau Graal, béquille d’une compétitivité toujours à la hausse. « Trop vivants pour mourir et trop morts pour pouvoir vivre », n’est-ce pas un bien piètre horizon pour un jeu qui n’en vaut pas la chandelle ? Quitte à se faire force autant qu’elle soit salutaire, car une guerre menée contre soi est toujours perdue d’avance.