Que faire des cons ?

Et surtout comment s’en défaire. En voilà une bonne question qui pourrait même faire l’objet d’un autre grand débat national, tant chacun possède sa propre opinion sur le sujet. Le philosophe Maxime Rovère se propose d’y répondre dans un essai aussi humoristique que surprenant pour soigner ce grand fléau, véritable poison de nos vies individuelles. « J’accorde de bon coeur que nous sommes tous le con d’un autre ; mais cela ne signifie pas que tous les cons se valent. »  Lire la suite « Que faire des cons ? »

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Qui décide de ma vie et de ma mort ?

Adobe Photoshop PDFDon d’organes, IVG, suicide assisté ou encore manipulation d’embryons à des fins scientifiques : autant de questions qui restent aujourd’hui sans réponse unanime, et dont la nécessité ne fait pourtant pas de doute au vu des progrès médicaux allant toujours croissant. À l’heure où l’Homme s’émancipe chaque jour un peu plus des lois de la nature, peut-il tout se permettre uniquement parce que cela devient possible ? C’est à cette problématique épineuse que s’attaque Laurent Degos dans son dernier ouvrage, tentant d’y apporter un éclairage aussi documenté que grand public. Une réflexion d’autant plus salutaire qu’elle permet à chacun d’affûter son jugement sur des sujets qui nous concernent tous : la vie, la mort, l’appartenance du corps. Somme toute, l’essence même de l’être humain. 25 questions de bioéthiques indispensables pour ne pas tomber dans l’impasse, surtout à une époque où la limite des possibles devient toujours plus floue.

Revivre

revivre-fredericwormsUn verbe aux sens contradictoires, exprimant à lui seul l’ambivalence de l’être et l’une des clés de notre époque maniaco-dépressive. Ce terme, c’est « revivre » : renaître à nouveau mais aussi se replonger en soi-même, ou se laisser rattraper « par un passé qui ne passe pas ». Une double expérience en plein coeur du dernier livre de Frédéric Worms, dont la lecture tombe à pic en cette période estivale si propice à la méditation et à la découverte de soi. « Chaque année, sans se lasser, le merveilleux printemps raconte à nouveau l’histoire de cette résurrection », notait Vladimir Jankélévitch dans son Traité des vertus. Et à l’été d’amener le sentiment « d’être vivant » à son comble … sans pour autant oublier l’hiver. En ce sens, le sous-titre choisi par le philosophe, « éprouver nos blessures et nos ressources », est lourd de signification. Quiconque a connu la mort, la maladie ou le chagrin, a déjà été traversé par cette sensation troublante lorsque la vie « reprend » avec un immense soulagement. Un nouveau départ. Cette tension permanente, entre résistance et délivrance, fait tout l’objet de la pensée de l’auteur, pour qui « l’avenir n’est pas un horizon, toujours reculé, mais une avancée, incessamment reprise. C’est le fait de marcher et de voir qui suscite l’horizon du monde et de l’action ». Ainsi, ses nombreuses références à Dante, Nietzsche ou Kierkegaard ne présentent pas seulement l’occasion de réviser ses classiques, mais bien de renouer avec l’intensité de son existence malgré l’agitation du monde contemporain. Pour prendre « soin des blessures de chacun mais aussi des ressources de tous ». Un art de « revivre » qui pourrait bien être le seul possible aujourd’hui.

Penser… à quelqu’un

penser-frederic-worms« Toi, tu es amoureux ! ». Qui ne s’est jamais senti embarrassé par cette exclamation intrusive, qui vient soudain l’arracher à l’objet de ses rêveries ? Et pour cause : si penser à quelqu’un peut souvent paraître banal, nous savons tous qu’il ne s’agit pas là d’une pensée comme les autres. Gorgée d’amour, de haine ou de jalousie, mais jamais anodine. Bien que « nous ne choisissons pas toujours ceux à qui nous pensons le plus », aucune autre idée ne donne tant l’impression d’exister et d’être prisonnier à la fois, concentré et déconnecté de la réalité extérieure.
Absorbée, distraite, « ailleurs » : la personne entichée se reconnaît aisément à cette absence délicieuse, flottant dans une contemplation aussi intime que potentiellement destructrice. Un sourire aguicheur, un rire un peu rauque, ou cette façon si particulière de tenir une cigarette. « Penser à quelqu’un, c’est penser à un style » pour Frédéric Worms. « C’est voir le monde entier sous un angle et sous un signe, dans un regard et dans un sens ».  Quand l’imagination suffit à créer l’illusion d’une présence bien réelle, rien de tel qu’un « tu me manques » pour conjurer la distance au-delà des mots. Une alchimie aussi paradoxale que cette curieuse plénitude atteinte en l’absence de l’autre : celle d’un « entre nous exclusif ».

Je pense donc je jouis

je-pense-donc-je-jouisQu’est ce qu’un « bon » coït ? Voilà une question – ô combien – existentielle que les philosophes ont préféré passer sous silence, à l’exception notable de Sade qui compense à lui seul la pudibonderie de ses pairs. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Entre plaisir, vérité, bonheur et passion, les penseurs se sont abstenus d’évoquer « ne serait ce qu’un innocent missionnaire », une lacune d’autant plus surprenante lorsque l’on sait à quel point le sujet travaille les esprits. Pas de quoi rougir en somme, si ce n’est de frustration. Quand d’après Freud et Platon toute recherche de la vérité commence avec le désir sexuel, pour Sylvain Bosselet, « un trou béant reste à combler pour marier le philosophe et le cul ». Il n’en fallait pas plus pour que l’auteur passe à l’acte. Qu’est-ce qu’un « obsédé », une « belle » paire de fesses ou l’universellement « vrai » en sexualité ? Sans aucune gêne et pour notre plus grand plaisir, son dernier essai pose les jalons d’une « philosophie du cul » dépourvue d’a priori, avec un certain humour qui n’ôte rien à la qualité d’une réflexion constructive. « Il faut prendre au sérieux le cul – cette puissance capable de faire vaciller les rois sur leur piédestal ». Comme une invitation à franchir la porte arrière vers l’extase, cette lecture jouissive se savoure crescendo avec tous les préliminaires qu’elle implique : le septième ciel à portée de page. 

La société de la fatigue

« Fatigué d’être soi ». Voilà une formule qui titillerait dans sa tombe Jean-Paul Sartre en personne, car il n’est d’enfer plus destructeur pour l’Homme que celui que chacun engendre en lui-même. Dépression, burn-out, syndrome borderline ou encore anxiété chronique : autant de « surchauffes » neuronales manifestes d’une brûlure de l’âme, en réaction à ce « moi » idéal devenu trop lourd à porter. Chacun ses tics, chacun ses tocs : jusqu’à ce que le fardeau vire à l’infarctus. C’est le triste constat que porte le philosophe Byung-Chul Han sur notre « société de la fatigue », dont l’excès de positivité a fini par user le sujet « plus vite qu’une roue de hamster qui roule inévitablement sur elle-même ». Yes we can, disait-on pourtant : comme si l’impératif de perfection n’a fait qu’enfanter des ratés chroniques. Lire la suite « La société de la fatigue »

Punir sans martyr

Qui aime bien châtie bien. Il est loin le temps des maîtresses qui martelaient à coup de règle les doigts des élèves indociles, les petites violences correctionnelles se voient désormais réservées aux adultes consentants. De la présomption de fessée au délit de laxisme, il aura suffit moins d’un siècle pour inverser le rapport de force ; en famille, à l’école et plus largement en société. En l’espace d’une claque, l’autorité a changé de camp. C’est ce qu’affirme Emmanuel Jaffelin dans son livre « coup de poing » : « de bourreau, le parent est devenu esclave : de monarque, il est devenu courtisan ». Un refus de punir symptomatique d’une démocratie qui « n’affronte pas les problèmes », préférant repousser l’échéance tant elle est « omnibulée par la dignité ». Chassée de la famille comme du cadre scolaire, la punition a mauvaise presse. Une absence d’autorité d’autant plus grave qu’elle incite aujourd’hui à la récidive, au sortir de prison comme de l’heure de colle. Lire la suite « Punir sans martyr »