Enfant de coeur

la peur de grandir_histoires de voir_dessin_emmanuelle

«Quand je serai grande» : voilà une expression que je n’ai malheureusement plus le luxe de pouvoir prononcer à voix haute, bien que je me sente encore «grosse gamine». À la seule différence que j’ai troqué mes bonbons adorés contre une bonne bouteille de vin, mais ça, c’est une autre histoire. Madeleines de Proust, plaisirs régressifs et autres rituels «réconfort» : qui n’a jamais succombé à l’illusion de retomber en enfance, ne serait-ce que le temps d’un week-end passé dans le nid familial? Loin des impératifs, des responsabilités et des rôles successifs que nous devons endosser tôt ou tard. Comme si la vie d’adulte se transformait soudainement en corvée une fois devenue réalité, bien amère comparée à un paradis perdu au goût de sucre d’orge. À tel point que certains préfèrent s’éterniser à jouer les Tanguy, faisant reculer autant que possible le sombre jour où ils devront faire face à leurs obligations.

Chômage, budget, impôts et autres exigences quotidiennes  : l’avenir suscite désormais plus d’angoisses que d’envie. Mais refuser de sauter le pas ne fera pas durer l’insouciance de l’enfance  ; retarder l’échéance, tout au plus. D’où la question  : pourquoi associer l’âge adulte au «début des galères», alors qu’il permet justement d’accomplir ses rêves au lieu de les fantasmer? Quitte à être déçu, et c’est peut-être là le nœud du problème. Personne n’aime être confronté à ses propres limites et encore moins apprendre à faire avec. Beaucoup moins fun. Il n’en reste pas moins qu’on l’assimile à force de «grandir», refuser de se prêter au jeu revient – ni plus ni moins – à avoir peur de la vie. Elle qui n’a pas la réputation d’être douce avec les craintifs, se montre bien plus clémente avec ceux qui «osent» conjuguer leurs ambitions au présent, non pas au conditionnel. En espérant un jour pouvoir les conter au passé, avec la satisfaction d’avoir accompli ce que l’ils ont toujours rêvé de faire «lorsqu’ils étaient petits». N’est-ce pas une belle façon de choyer son enfant intérieur ?

 

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33 réflexions au sujet de « Enfant de coeur »

  1. « [la vie] se montre bien plus clémente avec ceux qui «osent» conjuguer leurs ambitions au présent, non pas au conditionnel. » Tout dépend des ambitions, aussi. Comme le souligne RP1989, il y a les limites du système…

  2. Magnifique plume qui exprime à merveille les sentiments contrastés auxquels je suis régulièrement confrontée. La trentaine est dans le viseur et pourtant dans ma tête, j’ai toujours l’impression d’avoir 18 ans ! Dure réalité que de se confronter au monde adulte pour les grands rêveurs ! Bisous 🙂

  3. Tout à fait d’accord Polina, faisons un pied de nez aux croyances, cessons de pleurer sur la madeleine et soignons l’enfant intérieur qui si l’on sait l’écouter, ne nous quitte jamais. Merci pour cet article !

  4. Je n’imaginais pas ma sortie de l’enfance telle qu’elle l’a été, mais ça forge le caractère… et clairement aujourd’hui, il en faut!
    Toujours très agréable de te lire 🙂

  5. J’ai souvent l’impression que la seule chose qui ait changé entre ma vie d’enfant et maintenant et le fait que je dispose d’une carte de crédit. Rien qu’à voir comment je me goinfre au restaurant a la première occasion ! Les yeux plus gros que le ventre. Quant à la naïveté, que ce soit en amour ou en général, il me semble l’avoir bien gardé. Je me dis que ce n’est pas plus mal, c’est peut être pour cela que je suis encore ici, ce modelé dans lequel nous vivons va tellement a l’encontre de mes principes. Passer sa vie à travailler, s’endetter pour acheter une maison ou ne vivront que quelques annexes avant qu’elle ne soit vendue par notre progéniture. Voyager 2 semaines par an, histoire de se ressourcer. Qui veut vivre comme ça. Une histoire de pognon. Joli texte comme toujours Polinacide.

  6. Les temps changent, les enfants restent plus longtemps à la maison mais ça peut très bien se passer aussi s’il y a du respect et de la participation. Par contre, après une séparation des parents, pas facile de cohabiter!

    Grand-Langue

  7. J’ai eu mon Tanguy qui a quitté le domicile à 28 ans pour se mettre en colocation avec l’un de ses amis. C’est vrai que abandonner le confort de l’insouciance pour la précarité mérite réflexion.

  8. Bien que les années passent, je t’avouerai que de mon côté, je ne me laisse pas impressionner. Je fais partie des personnes ayant le syndrome Peter Pan! ☺
    Donc adulte ou pas, je continue à me nourrir de rêves et de belles histoires.
    Je te souhaite une belle journée.
    A bientôt,
    Lili.

  9. Ce qui me fait penser à l’importance de l’éducation que l’on donne aux enfants, avec le mot confiance qui doit en faire partie… Pour moi qui suis parti il y a bien longtemps et accompagne trois oiseaux, dont deux qui testent leurs ailes 😉

  10. De Peter Pan aux too late boomers… refus de grandir pour ne pas affronter ces marécages d’em… pensées qu’il est trop tard, que tant pis… Je viens d’avoir 50 ans et j’ai bien l’intention de ne pas laisser une miette de temps qui se transformerait en pointe de regret. Moi quand je serai grande, je veux avoir 14 ans 🙂

  11. J’ai quitté la maison assez tot, à 18 ans pour mes études. Je ne regrette pas ça m’a permis de m’assumer mais c’est vrai qu’aujourd’hui presque 10 ans après je me dis tiens je serai bien restée plus longtemps dans le cocon 🙂

  12. Des sentiments contradictoires quand on est soi même parents de grands enfants
    Aucune envie de retrouver mes 20 ans et ses désagréments mais comme si le temps s’était arrêtait à 30 ans …
    Bises

  13. Coucou miss !
    Ahh on a tous envie de retourner en enfance parfois mais bon il faut accepter de grandir et faire fasse aux difficultés de la vie adulte ! Et encore moins je suis toujours étudiante donc j’ai pas tant de galère que ça haha ^^
    Mais faut voir les choses de manière positive comme tu le dis c’est quand on grandit qu’on peut aussi réaliser pas mal de rêve 🙂
    Gros bisous à toi ❤

  14. Nous sommes d’une époque où, à l’inverse des Tanguy, il nous tardait de quitter les parents et leurs interdits pour vivre libres et indépendantes, même si c’était pour se passer la corde au cou ! Illusions et contradiction…

  15. J’en reviens toujours à la phrase culte de l’indémodable série Friends « Bienvenue dans la vie d’adulte, ça craint, tu vas adorer ». Début des galères et début du rêve, le yin et le yang, et c’est tant mieux ;D

  16. je n’ai jamais osé dire  » quand je serai grande  » vu ma taille très réduite ( 1 m 53 ) 😀 et je suis encore petiote dans ma tête malgré les années qui usent le corps ! rester jeune d’esprit c’est ça qui fait avancer …

    1. être bien dans son soi sans être un imbécile heureux ! et oui la vie est dure mais on peut doucement l’ apprivoiser …bon j’arrête d’essayer de philosopher et je vais au gros et beau dodo …
      Bonne nuit Polina !

  17. J’avais hâte d’être adulte pour (je cite la fille de douze ans que j’étais autrefois) « mettre des talons hauts, porter du rouge à lèvres et avoir des tatouages ». Bon bah voilà, c’est fait. Et maintenant? 🙂

  18. Tellement juste ce post ! tellement il me parle au niveau du vécu 😉 Je veux dire le vécu le plus actuel, comme tu le sais Polina. Bref, ça me conforte et me booste un peu ce joli texte, c’est peu de le dire. Oui, je crois que réalise aujourd’hui un rêve de gosse. Et quel qu’en soit l’issue, je lui dirai un jour à cet enfant intérieur : tu l’as fait, mec ! Belle journée à toi. Bise de Nice

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