Suivez le signe

S’il y a bien une chose à laquelle on reconnait un vrai Russe – hormis son goût prononcé pour la boisson alcoolisée – c’est sa superstition quasi-maladive. Briser un miroir, croiser un chat noir, ou encore passer sous une échelle… autant de petits riens que ce peuple prend pourtant très au sérieux, comme s’il existait un monde invisible qui pouvait influencer les forces du destin.  Lire la suite

Sous influence

Le poids de l’ego. S’il n’a de cesse de gonfler chez certains, autant dire que d’autres s’en retrouvent très souvent écrasés, jusqu’à mettre leur propre personne de côté. Par envie de bien faire, sans doute, ou simplement pour contenter leur petit monde. Suivre les conseils des ainés, ne pas contrarier une majorité bien-pensante, prendre sur soi pour ne blesser personne… Autant de petits efforts qui finissent par avoir l’effet d’une douche froide quand la goutte de trop finit par tomber. Car de tous les défauts que l’on peut rencontrer ici-bas, être influençable est sans doute l’un des plus pénibles à porter. Un véritable fardeau, pour peu que l’on en fasse l’expérience tous les jours. Lire la suite

Le syndrome de l’imposteur

le syndrome de l imposteur_emmanuelle_histoires de voir« Grillé ». Si Icare s’est fait brûler vif en voulant atteindre le soleil, combien d’entre nous n’oseraient même pas tenter l’aventure, au prétexte de toujours douter de leurs capacités pourtant maintes fois avérées? Aucun mérite, coup de chance ou simple concours de circonstances : ces personnes là vivent constamment dans la peur d’être « démasquées», convaincues que leur réussite n’est due qu’à un heureux hasard… qui risque lui de prendre fin à tout moment. L’angoisse. Lire la suite

Revivre

revivre-fredericwormsUn verbe aux sens contradictoires, exprimant à lui seul l’ambivalence de l’être et l’une des clés de notre époque maniaco-dépressive. Ce terme, c’est « revivre » : renaître à nouveau mais aussi se replonger en soi-même, ou se laisser rattraper « par un passé qui ne passe pas ». Une double expérience en plein coeur du dernier livre de Frédéric Worms, dont la lecture tombe à pic en cette période estivale si propice à la méditation et à la découverte de soi. « Chaque année, sans se lasser, le merveilleux printemps raconte à nouveau l’histoire de cette résurrection », notait Vladimir Jankélévitch dans son Traité des vertus. Et à l’été d’amener le sentiment « d’être vivant » à son comble … sans pour autant oublier l’hiver. En ce sens, le sous-titre choisi par le philosophe, « éprouver nos blessures et nos ressources », est lourd de signification. Quiconque a connu la mort, la maladie ou le chagrin, a déjà été traversé par cette sensation troublante lorsque la vie « reprend » avec un immense soulagement. Un nouveau départ. Cette tension permanente, entre résistance et délivrance, fait tout l’objet de la pensée de l’auteur, pour qui « l’avenir n’est pas un horizon, toujours reculé, mais une avancée, incessamment reprise. C’est le fait de marcher et de voir qui suscite l’horizon du monde et de l’action ». Ainsi, ses nombreuses références à Dante, Nietzsche ou Kierkegaard ne présentent pas seulement l’occasion de réviser ses classiques, mais bien de renouer avec l’intensité de son existence malgré l’agitation du monde contemporain. Pour prendre « soin des blessures de chacun mais aussi des ressources de tous ». Un art de « revivre » qui pourrait bien être le seul possible aujourd’hui.

Pourquoi faire simple ?

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Dure, la vie est dure: surtout quand on excelle dans l’art de vouloir la compliquer à tout prix. Voilà un trait de caractère qui m’insupporte et dont j’ai pourtant bien du mal à me défaire : ce qui, pour ne rien gâcher, rend les choses encore plus difficiles qu’elles ne le sont. Imaginez le casse-tête. Quand certains adorent s’encombrer de bibelots inutiles (quitte à transformer leur studio en foir’fouille), d’autres se meurtrissent à coups d’impératifs et d’«il faut», quitte à finir noyé dans un verre d’eau. À moitié vide, de surcroît.  Lire la suite

Quand le ridicule défrise

histoires de voir_emmanuelle_shirley et dinoOn dit que le ridicule ne tue pas, et c’est tant mieux ainsi. Car combien d’entre-nous en sont-ils déjà morts de honte, jurant à tue-tête « plus jamais ça » après un réveillon trop arrosé ? Avant de remettre le fameux « ça » bien plus tôt que prévu. La honte, le déshonneur, « le fail » total. Devant une foule d’inconnus, en entretien ou dans l’intimité de sa propre conscience, le goût de l’échec a toujours du mal à passer. Trop amer, et nulle part où se cacher. Surtout quand on sait que le pas qui sépare le sublime du ridicule finit souvent le cul par terre. Témoins à l’appui, sinon ce serait moins drôle. Lire la suite

Réveiller le tigre

tigre au reveil« Faire le mort. » Aujourd’hui synonyme de lâcheté, l’expression renvoie pourtant à un instinct de survie essentiel, une stratégie de la dernière chance face au danger imminent. Pris à la gorge par un guépard, l’impala rentre brusquement dans un état second, une sorte de paralysie que Peter A. Levine appelle le « figement », pour s’enfuir aussitôt que le prédateur baisse la garde. Pas vu, pas pris. Le choc passé, l’animal reprend sa vie comme si de rien n’était, alors que l’Homme continue bien souvent d’être hanté par la scène, comme prisonnier de la spirale de son trauma. Sans que les années ne suffisent pour tourner la page.

reveiller le tigreCrises d’angoisses, insomnies, dépression ou tremblements : quand l’obsession et la peur gèlent toute forme de vie chez l’individu, le syndrôme post-traumatique découle souvent d’un « figement » inabouti. Boucler la boucle pour en sortir : c’est ce que propose Levine grâce au felt sense, une méthode devenue fondamentale en psychothérapie qui répare la mémoire du corps au-delà des blessures de l’esprit.« Les mêmes puissantes énergies qui créent le traumatisme peuvent, si elles sont correctement mobilisées, le transformer et nous propulser alors vers des sommets de bien-être, de maîtrise et même de sagesse. »  S’il faut rugir dans l’épreuve pour sortir de la victimisation, autant «  réveiller le tigre  » pour porter son trauma comme une cicatrice bien pansée. Marqué pour toujours, non plus écorché vif.

Névrose psy

nevrose-psy« Psychologiquement corrects » s’abstenir. À l’heure où la thérapie s’est imposée dans toutes les sphères de la société occidentale comme une nouvelle croyance, Alain Valterio dénonce les effets pervers de cette « psyrose » dans un livre polémique et percutant. « Ce néologisme s’est imposé à moi en raison du fantasme qu’il fait miroiter : une vie sans blessures dont il faut profiter comme d’une friandise », écrit-il pour introduire son ouvrage Névrose psy.Un bien de consommation comme un autre, somme toute, où l’impératif de bonheur transforme le moindre dérapage en pathologie inquiétante, et chacun d’entre nous en victime potentielle. De quoi frôler l’hypocondrie quand la soft dictature échoue bien souvent à mettre le patient à l’abri de toute épreuve, et ce malgré ses discours complaisants.

nevrosepsySi les dogmes d’un monde rose bonbon donnent toujours la raison au plus faible, l’excès de psychologisation serait-il en passe de nous rendre tous fous à petit feu ? Quitte à devoir écouter son « enfant intérieur », autant essayer de vivre – vraiment – sans intellectualiser à outrance. L’auteur l’affirme, c’est autour de nos « erreurs que parfois nous nous construisons le mieux »: alors autant apprendre à faire passer la pilule plutôt que d’avaler des cachets.

L’essence cachée des contes

Une robe de la couleur du temps Le sens spirituel des contes de fées Jacqueline Kelen Éditions Albin Michel

Qui a dit que les contes de fées ne s’adressaient qu’aux enfants ? Un loup déguisé en grand mère, une citrouille se transformant en carrosse ou encore une grenouille qui épouse une princesse : « parvenu à l’âge adulte, aucun n’oserait se moquer de ces histoires pourtant bien étranges, à moins d’avoir abdiqué à ses rêves, à moins d’avoir renié son âme »assure Jacqueline Kelen dans son ouvrage Une robe de la couleur du temps.

Faisant tantôt rêver, sourire et même fantasmer, ces récits réveillent en chacun une spiritualité endormie, rappelant l’existence d’un monde supérieur au-delà de l’enveloppe terrestre, qui nous réduit bien souvent à un vilain Petit Canard ou un Petit Poucet. «Tire la chevillette et la bobinette cherra ». Comme une invitation à prendre le large à la manière des héros féériques, la magie de ces contes ne tient pas seulement aux histoires merveilleuses qu’ils racontent, mais à une sagesse intemporelle capable d’apaiser le coeur à elle seule. Naïveté mise à part. « Au fond de soi, chacun se sent prince ou princesse, fait pour vivre entouré de beauté, dans un univers de joie et destiné à un amour extraordinaire. Tel est le climat propre à l’esprit : immensément libre, lumineux et joyeux. » À la fois thérapeutiques et délicieusement régressives, ces fables se font le guide de tout cygne en devenir, aspirant à trouver la grandeur de sa véritable destinée. À lire et relire, pour éblouir le quotidien en prenant soin de son âme.

J’ai débranché pour vous

emmanuelle_histoires de voir_debranche toutAprès l’angoisse de la page blanche, place à la phobie de l’écran noir. Imaginez la scène. Il y a quelques jours, sans même un vulgaire « push » en guise d’alerte, mon smartphone décide de rendre l’âme et m’abandonne lâchement. Panique à bord : en une seconde, me voilà coupée du monde et de la civilisation 2.0, sans montre ni GPS pour que je puisse ne serait-ce que rejoindre mon prochain rencard en temps voulu. Black out total. Lire la suite