24h sous influences : de l’omniprésence des lobbies

Draps contaminés, infusions aux métaux lourds, biscottes cancérigènes, vêtements neurotoxiques… Ce cocktail explosif n’est autre que le fruit des efforts de lobbies industriels qui recomposent notre quotidien à leur avantage. Une matrice bien réelle pour le philosophe et journaliste d’investigation Roger Lenglet.

Couv24hHDÀ la lecture de votre livre, il semblerait que les lobbies aient réussi à s’infiltrer dans la moindre parcelle de notre existence… Ce discours n’est-il pas un peu alarmiste ?

Bien au contraire. Si j’avais dû rendre compte de tous les lobbies industriels présents sous notre quotidien, cette étude ressemblerait à un épais feuilleté, car derrière chaque minute de notre journée se cachent les innombrables concessions réglementaires et législatives qu’ils ont obtenues au fil des décennies et qui se sont sédimentées. Ce constat est pour moi-même une découverte conceptuelle. Même après plus de 30 années d’enquête, l’ampleur de leur influence m’échappait ! J’ai dû faire des choix pour ne pas être trop anxiogène pour le lecteur et gagner en clarté.

Comment les lobbies sont-ils parvenus à prendre une telle place à l’insu de la population ?

Pour prendre l’exemple de la santé, les Français payent au quotidien des décennies de paralysies de la prévention induites par le lobbying. Des milliers de substances toxiques toujours très mal encadrées nous environnent, fruits de multiples effets d’aubaines économiques sans garde-fous efficaces, y compris dans le domaine du médicament. Les agences de lobbying instrumentalisent de nombreux experts des agences de sécurité et continuent de monter des comités aux allures institutionnelles pour les rémunérer et s’arroger les décisions, comme ce fût le cas dans l’affaire de l’amiante. Je cite des dizaines de dossiers toujours en cours que les ministères ne font, en fait, que leur déléguer.

Quel rôle les élus ont-ils à jouer face à de tels enjeux ?

Un rôle fondamental, par exemple celui de mettre fin au système consistant à déléguer la gestion du risque aux structures d’expertise qui se chargent d’évaluer les produits. Une confusion des genres qui a déjà mené à de nombreux scandales sanitaires et qui perdure. Autres exemples : dissuader les lobbies qui continuent à rémunérer des attachées parlementaires pour gérer certains dossiers sensibles en leur faveur, et interdire en priorité tout conflit d’intérêt en matière d’évaluation et de gestion des risques.

L’Assemblée nationale a pourtant pris des mesures pour encadrer l’influence des groupes d’intérêts : s’agit-il de vœux pieux ?

Le règlement pris par le bureau de l’Assemblée nationale et le Sénat concernent uniquement les interventions des lobbyistes au sein de leurs bâtiments, alors qu’une loi devrait couvrir l’ensemble de leurs opérations. Même le système d’enregistrement est transgressé par la grande majorité des lobbies. Ce dispositif « rassurant » ne fait donc qu’institutionnaliser leur présence au Parlement. Il faut voter une loi au moins égale au « Lobbying Act » des Américains limitant l’activité de ces professionnels de l’influence, tant au niveau national qu’européen, aussi bien à l’extérieur que dans les bâtiments parlementaires.

Si certains pays tentent de renverser la tendance, n’est-il pas illusoire d’exiger la transparence des lobbies ?

C’est réaliste si l’obligation de transparence s’accompagne d’une limitation des activités d’influence des lobbyistes. Le législateur peut y réussir s’il le veut vraiment. D’ailleurs des élus français défendent cet objectif avec opiniâtreté comme Marie Christine Blandin (EELV), Catherine Lemorton (PS) et une bonne dizaine d’autres, de même qu’au parlement européen. Le projet de loi que prépare le gouvernement sur la corruption et la transparence bancaire devrait y contribuer.

Article paru dans le n°847 du Courrier du Parlement.

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20 réflexions au sujet de « 24h sous influences : de l’omniprésence des lobbies »

  1. je devine depuis longtemps la puissance des lobbies. Je ne suis pas sûre de vouloir connaître vraiment l’ampleur de cette puissance. Sinon, aurais-je vraiment le courage de me lever le matin et de continuer?

  2. Bonsoir tous,
    A la lecture de cet article dans lequel Roger Lenglet montre ses ses inquiétudes souvent certifiées, il me semble qu’il soit à côté de la plaque concernant les possibilités d’en sortir.
    Il mise tout sur le bon vouloir de certains personnages, autant nationaux qu’européens. C’est une gageure de la pire espèce de prêter attention à des gens de partis, quels qu’ils puissent être leurs origines, tous ces personnages sont dans le même système et en vivent confortablement, encrés dans le politiquement correct que nul ne saurait dénoncer, sinon à s’en faire éjecter.
    Le seul vrai combat à mener n’est pas de l’intérieur, mais de la même façon qu’au temps de la prohibition pour faire tomber le cartel de Al Capone, par la bande, c’est-à-dire par l’argent. C’est le lobbie des banques Goldman Sachs, Rockefeller et autres Rothschild qu’il convient de démonter.
    Pas d’argent, pas de Suisses, affirme le dicton.
    L’argent est le nerf de la guerre, qu’elle soit strictement politique ou, maintenant, économique, encore que le plus souvent, des intérêts géo-stratégiques des plus importants sinon vitaux pour les nations n’interviennent ici et la : Irak, Iran, Aphganistan, Syrie, Palestine, futur conflit Chine vs japon et, plus loin en arrière, une des origines les moins expliquées de la guerre 14/18, la trahison de nos gouvernements de l’époque avec le coup d’Agadir.
    C’est triste, mais c’est ainsi.

  3. J’ai vu ce reportage sur les lobbies il y a quelques semaines sur M6 (Capital me semble t-il) c’est affligeant… Très bon post et très bon sujet en tout cas, car comme tu le dis, on ne mesure pas assez l’ampleur du phénomène.
    xx Laury

  4. Excellente interview, j’avais vu à la télé un reportage sur les lobbies et les députés européens, ca fait un peur. L’an passé on avait parlé en cours du lobbie des constructeurs automobiles qui voulaient privilégier le diesel.
    Bisous
    Valentine

  5. Je ne dirais pas que c’est une découverte me concernant et en même temps je ne suis pas sure d’en être autant consciente ! Relire un tel bouquin me ferait du bien !

  6. Intéressant… En tombant sur un bouquin comme ça en librairie, j’aurais peur que ça verse un peu trop dans la paranoïa, mais l’interview me donne envie d’en savoir plus.

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