Le parler vrai

« Tu ne trouves pas que cette robe me grossit ? »

Tout le monde le sait : mentir, c’est mal. Et pourtant personne ne peut s’en empêcher. Par facilité, culpabilité, cachotterie ou simple souci de politesse, combien de fois avons nous dû feinter dans notre vie pour sortir d’une situation délicate ? On ne compte même plus. Petits, grands, innocents ou gros comme le nez au milieu de la figure, il n’est guère de domaine public ou privé qui échappe aux mensonges : à tel point que nous nous couchons rarement le soir sans en avoir proféré au moins un. Que deviendrons-nous sans y recourir au quotidien ? Voila une bonne question que le neuroscientifique Sam Harris s’est posée dans un essai plein d’esprit, à contre-courant d’une époque où la tromperie est presque devenue tendance. 

D’après l’auteur, s’engager à être honnête serait ni plus ni moins le meilleur moyen de se simplifier la vie, « au prix, toutefois, de quelques moments d’embarras à court terme. » Etonnant quand on sait que la plupart de nos subterfuges servent justement à éviter les embrouilles. Car quoi de plus aisé qu’un petit arrangement avec la réalité pour décliner une invitation, annuler un projet, ou encore émettre une critique sur un travail ? Autant de situations que décortique Sam Harris pour montrer qu’au long court, rien ne vaut la « vérité vraie ». A condition, bien sûr, d’enrober son propos d’un brin de tact. 

Car se montrer honnête en toutes circonstances implique aussi de se questionner sur le genre de personne que l’on est : « a quel point juge-t-on les autres ? A quel point est-on devenu calculateur ou mesquin ? » Quel exercice périlleux que d’être tout bonnement sincère ! Le jeu en vaut quand même la chandelle, ne serait-ce que pour s’épargner à l’avenir le souci d’avoir à se souvenir de ses mensonges. 

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14 réflexions sur « Le parler vrai »

  1. Coucou ma belle !
    Je t’avoue que parfois je me sens obligée de mentir surtout dans le milieu pro pour ne pas être vexante ou autre ! De nature j’aime être honnête mais certaines situations nous pousse à mentir ! Mais il n’y a rien de mieux que le vrai et l’honnêté !!
    Bisous ❤

  2. A mes enfants petits je leur ai expliqué qu’il y avait des mensonges de politesse, comme lorsque que l’on reçoit un cadeau que l’on trouve horrible – il fallait bien remercier et se montrer content…voilà le début…

  3. Un petit mensonge pour faire plaisir évite bien des embrouilles surtout lorsque la personne est déjà mal dans sa peau sinon c’est tendre la corde pour se pendre.

  4. Tout le monde connait la fameuse polémique Kant/Benjamin Constant sur le droit de mentir. La version moderne se présente de la manière suivante : si des nazis poursuivent des juifs et si je sais où ils sont n’est-ce pas non seulement mon droit, mais mon devoir de mentir pour les sauver ? Pour Kant le devoir de vérité est inconditionnel et en pensant mentir je peux par exemple nuire aussi en disant la vérité par erreur. Fallacieux je sais, mais bon. Impossible donc de dire tout le temps la vérité.
    A l’inverse c’est un des ressorts comiques de la série « Larry et son nombril » que Larry pour se sortir d’obligations sociales qui l’embarrassent trouvent des excuses qui le mettent plus dans l’embarras encore.
    C’est la base même de l’hypocrisie sociale où tout le monde il est beau et tout le monde il est joli qui est mise à mal là. Et pas mal de gens en ont tellement pris l’habitude qu’ils n’en sont même plus conscients.
    « Tu ne trouves pas que cette robe me grossit ? » C’était la question de la comédienne qui jouait Olga au soir de la Première de mon adaptation d’Oblomov de Gontcharov. J’étais furieux. – « Ecoutes, si demain il se trouve encore une de tes copines qui ne trouve rien d’autre à te dire sur plus de deux heures de spectacle où tu es sublime que la robe te fait un gros… Et bien on prend la seconde robe qu’on a en réserve. Cela te va-t-il ? » Et là je balisais parce que c’était justement cette autre robe qui … Enfin le lendemain soir elle n’a eu que des compliments et plus de problèmes.
    Sam Harris est un pragmatique. Pour lui la morale n’est pas dictée par des principes mais par le résultat qui doit être le bien-être de l’homme. Dire la vérité plutôt que mentir pour se sentir bien ? Soit ! Mais dès que j’aurais le livre que je viens de commander, je me demanderai s’il n’y a pas là un lien paradoxal avec son rapport à la religion. On se sent mieux parce qu’on évite le sentiment de culpabilité. Mais si on n’est pas dans la conscience morale judéo-chrétienne ?

  5. Ma mère me disait : cela se voit quand tu mens …
    Je n’ai pas essayé longtemps – et puis, la vérité, c’est confortable. On sait ce que l’on a dit.
    Mais quelquefois, on peut privilégier la gentillesse, quand on aime bien quelqu’un, et on lui dit que c’est joli ce qu’elle porte même si on ne le pense pas … l’important est de faire plaisir.

  6. C est vrai que le mensonge est souvent enrobé de bon sentiments : de pas vexer, faire de la peine… toutes les excuses sont bonnes pour mentir ! C est un article très intéressant. Bonne journée

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