Lost in translation

Le malaise de l’ascenseur. Tout le monde a vécu cet instant au moins une fois dans sa vie : se retrouver coincé avec un inconnu dans un bunker sans rien avoir à lui raconter. Pas même l’envie de commenter la météo histoire de meubler ce moment un brin pesant. Résultat : chacun prend son mal en patience, en espérant que le trajet n’excèdera pas un ou deux étages maximum. On croise les doigts, en faisant semblant de vérifier ses mails, de se curer les ongles voire même de s’intéresser à l’état du plafond (tiens donc !), comme pour cacher la pénibilité de cette promiscuité non choisie. Tout le monde s’en serait bien passé. Lui comme vous, d’ailleurs, n’en doutez pas une seconde.

Mais s’il y a une chose très bien partagée en ce monde, c’est quand même la flemme d’avoir à monter les escaliers. Sinon pourquoi se retrouverait-on régulièrement à devoir partager un sas avec une persona non grata en feignant que la situation ne nous incommode pas le moins du monde ? Encore heureux que ça ne dure que quelques secondes. Une minute, dans le pire des cas. Mais qu’est-ce que c’est lourd ! La preuve que les conversations reprennent de plus belle une fois sortis de l’ascenseur, comme si l’épée de Damoclès au-dessus de notre tête venait de disparaitre passé ce moment délicat. Ouf. Soupir de soulagement. Et la vie reprend son cours. Jusqu’à la prochaine fois où l’on aura encore la mollesse de monter quelques marches. Un conseil : la prochaine fois que vous sortirez, guettez bien le « Bip ! » vous indiquant qu’une autre personne dans l’immeuble s’apprête à prendre l’ascenseur – sans le savoir – en votre compagnie. Sauf bien sûr s’il s’agit du voisin sexy avec qui le trajet ne dure que le temps d’un battement de cils.

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28 réflexions sur « Lost in translation »

    1. Après le problème c’est le texte.
      Tout le monde n’a pas le talent de faire croire que c’est un vrai appel.
      Parce que l’improvisation ne s’improvise pas.
      Tous les amoureux du jazz et des concours d’impro savent cela.
      Alors encore mieux chanter, non ?

      1. Sylvie,

        « Si on reçoit un appel à ce moment là… »

        C’est là où il faut être fort en impro : « Attends, j’ai un double-appel … »
        Vous pouvez même corser un peu pour vous faire une réputation dans l’immeuble  » Oui salut, mon chou ! Attends j’ai mon mari en ligne. J’expédie. Et on voit quand on peut… » etc…
        Bon tout dépend qui est vraiment à l’autre bout à ce moment-là…:-)

  1. J’avais 14 ans, quand je me suis retrouvée seule dans l’ascenseur coincé entre deux étages…
    Les pompiers sont venus me sortir, c’était très angoissant car je devais sortir par un espace pas très large.
    La peur d’être coupée en deux…

    1. Merci pour cette formidable vidéo !
      Dans le politiquement correct ambiant, je doute que la plupart des « sketchs » de Desproges – même celui-ci – passe facilement.

    1. Je pense que tout dépend du nombre d’étages.
      N’ayant jamais habité que des maisons à escaliers, je m’imagine pourtant la gêne que peut susciter une longue descente, ou montée, dans une de ses tours modernes où les gens se connaissent à peine et sont là en tant que voisins éloignés ou vagues « collègues » de bureaux différents.
      Sinon on peut toujours improviser :
      – Vous savez s’il a été retrouvé le chat, dont la photo est affichée dans le hall d’entrée ?
      – Quel chat ? Je n’ai pas vu de photo.
      – C’est donc qu’il a été retrouvé !

      – Dites donc, j’ai vu les cours en bourse de votre boite ! C’est le moment de demander une augmentation.
      – Mais on n’est pas en bourse, vous devez confondre.
      – Bah ! Demandez une augmentation quand même. Cela sera déjà ça de fait.
      Non, sérieux. Je me souviens d’un ascenseur en banlieue de Prague où on avait loué pour une bouchée de pain juste après leur Révolution pacifique des chambres chez une famille tellement contente des vins et champagnes qu’on leur avait amenés en cadeau qu’ils sont tous partis fêter le nouvel an dans leur datcha nous laissant l’appart en entier pur nous tout seul alors qu’il ne nous connaissaient que par recommandation.. Le zdviž grinçait tellement de partout qu’on étaient sûrs de finir en crêpes tchèques. Et quand un couple de petits vieux est entré – nous étions 5 sur dans un espace minuscule – les sujets de conversation n’ont pas manqué : « Crack ! Boum ! Splash ! Elevator kaputt !  » -« Русская механика » avait dit le vieux monsieur ? Vous Français ? Vous aimer Schwarz Bier ? » Et on a terminé la matinée 🙂 avec le Monsieur (durant que sa dame faisait le marché) dans un de ses bistrots de banlieue où les gamins viennent chercher pour leurs pères qui se sont abonnés à une chaîne de football, broc sur broc de cette fabuleuse bière noire tchèque qui fait voir le Golem en bout de comptoir…Ah ! le début des années 90 dans les pays de l’Est. Quand le capitalisme sauvage n’avait pas encore pris le dessus !

  2. Excellent ! Merci pour ce carnet de voyages qui va me faire sourire la prochaine fois ou me faire prendre les escaliers. Excellente année chère Polina 🙂

  3. C’est notre petit entretien physique au quotidien – monter les escaliers ; mais au-delà du 7ème, la paresse prend le dessus et là, selon les co-voyageurs, soit on consulte le portable ou on se laisse aller à un petit sourire – on se sait jamais…

  4. je ne sais pas si c est l effet fin d annee (enfin début maintenant) mais la métaphore de l ascenseur n est pas sans rappeler les situations familiales ou au bureau 😉 j adhere à 100% à tes méditations, j adore ! Belle et élégante année jolie Polina, merci pour ton energie à travers ce post !

  5. Hello,
    c’est vrai tout ça 😉 mais le comble, c’est que je me trouve un peu con… ou du moins empruntée quand j’y suis seule dedans 😉 😉

    Sylvie

  6. Heureusement, écouteurs et musiques permettent de s’évader dans sa tête quand on est forcé, par la logique des transports en commun, de laisser entrer des inconnus dans notre bulle.

  7. « Pourquoi votre coupe vous inquiète-t-elle temps ? »
    « tant » bien entendu.

    Et oui aussi
    С Новым годом! A toutes et à tous !

  8. Oh quel dommage ! J’avais vu le film à sa sortie et je l’avais enregistré quand il est passé l’autre jour. Mais j’ai supprimé l’enregistrement pour des raisons de place avant de le revoir. Je ne me souviens pas cependant d’une scène d’ascenseur. Il me semble pourtant qu’au Japon c’est assez codifié.
    Par contre, j’avais commis un petit roman en les années 80 du siècle dernier où mon personnage principal s’interrogeait sur les dangers de dire juste « Bonjour » à quelqu’un dans un escalier. Lorsqu’on se croise, pas de problèmes. Mais si je suis devant la personne et me retourne pour dire ; « Bonjour », ou pire si je suis derrière la personne et lui dit : « Bonjour », l’obligeant ainsi à se retourner pour me répondre. On voit le danger. Dans le premier JE risque de tomber. Dans le second, pire encore, je peux être le responsable de la chute de l’autre…

    En fait, chère Polinacide, vous pointez une fois encore avec votre grand talent et votre inégalable humour, toutes ces petites choses du quotidien qui paraissent insignifiantes mais font les petites hésitations de la vie en commun.

    Encore heureux qu’un ascenseur ne soit pas un Bunker et qu’il ne se bloque pas entre deux étages ! Mais là en général on a toujours de quoi parler.
    Pour le reste dans le quotidien, il y a ce que l’on appelle la fonction « phatique » du langage qui régit l’interaction sociale. Tous ces « Bonjour », « Comment ça va ? » et autres réflexions profondes sur le temps qu’il fait.

    Avec un ami comédien qui étudiait comme moi la Philosophie, nous avions, une journée durant fait tous les commerçants (bistrots compris) du quartier avec le pari de « disserter » sur le « Il n’y a plus de saisons ma bonne dame !  » et le défi de placer une phrase à ce propos qui devait commencer par : « Mme de la Lafayette déjà disait… » et les essais nucléaires comme bouc émissaire… Avec le recul, je concède que c’était un peu « précieux » disons, si ce n’est hautain. Mais nos réputations d’originaux n’étaient plus à faire. « Vous êtes pas un peu surréalistes, vous deux ? » nous avaient demandé la boulangère fort à propos.

    C’est que j’avais vu, en ma tendre adolescence un film : « Faux Mouvement » de Wim Wenders d’après le roman de Peter Handke qui s’était inspiré du Wilhelm Meister de Goethe. Et dans ce film le personnage de Mignon (Nastassja Kinski) pratiquait ce qu’elle (ou moi par après) appelait la « parole minimaliste ». C’était une idée qui m’était souvent venue en prenant le train, lorsqu’en France existait encore les voitures à compartiments. De dire par exemple à la dame en face qui ne cessait de chercher à se rassurer sur sa coiffure : « Mais ils sont très bien vos cheveux ! Pourquoi votre coupe vous inquiète-t-elle temps ? » Ou au Monsieur qui consultait sans cesse sa montre : « Rassurez-vous ! Ce train est toujours à l’heure. » Ce que j’avais d’ailleurs tenté l’une ou l’autre fois. Avec un succès mitigé. Dire à quelqu’un directement ce qui nous vient comme pensée en le voyant. Si on disait à nos amis vraiment tout ce que l’on pense d’eux, on n’en aurait très vite plus, remarquait déjà Blaise Pascal.

    À revoir d’ailleurs le film formidable de la pièce de Jean-Michel Ribes d’après les livres de Jean-Marie Gourio : « Brèves de Comptoir » Ou cette fonction phatique est poussée à son sublime artistique.

    Et à m’excuser d’avoir encore été un peu long.
    Mais c’est que vos textes, Polinace, de par leur authenticité me sont comme une formidable source d’inspiration.
    Et c’est bien pour cela que tout le monde les aime tant. Et qu’on y réfléchit encore bien longtemps après les avoir lu.
    Alors merci à vous, encore une fois, pour ce nouveau sujet de méditation.
    Bien à vous.
    Vassili.

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