L’art de s’empiffrer à Rome

Après l’effort, le réconfort. Aujourd’hui c’est férié, alors pour l’occasion on vous a concocté deux billets spécial ripaille avec Raconte-moi l’histoire, tirés du Manuel des antiquités romaines de Joachim Marquardt, déniché sur Gallica. Puisque la faim justifie les moyens, vous en reprendrez bien une part chez Marine ?

Vomir, c’est repartir. Et ça ne vaut pas que pour l’alcool chez nos amis les Romains. Si la réputation de leurs orgies déchainées les suit sans relâche à travers les siècles, c’est parce que la demi-mesure n’a jamais été leur fort. Au lit comme à table, rien ne se consomme avec modération: un coup d’œil au menu suffit pour le comprendre. Mise en bouche.

 D’abord, se savoure la gustatio (une sorte d’entrée composée de dizaines d’hors d’oeuvres), à laquelle succède la cena (l’équivalent du plat principal), elle-même constituée parfois de plusieurs services. Appétits de moineaux s’abstenir. S’ensuivent les secundae mensae et le dessert, sans oublier la commissatio, le moment où les convives se mettent – enfin – à boire. Souvent jusqu’à plus soif. Car comme l’huile et l’eau, on ne mélange pas l’alcool et les plats à Rome, pour éviter que le vin n’altère le goût de la bonne chair. Du coup, pour digérer, le banqueteur se lâche sur la boisson à grands renforts de cul-sec ! «On porte, avec une coupe remplie à la mesure prescrite, la santé d’un convive ; on lui tend la coupe, et il doit la vider jusqu’au fond. Ou bien on porte un toast à un absent, une santé à une personne présente, en exigeant autant de cyathi (unité de mesure à l’époque) qu’il y a de lettres dans le nom de la personne à qui l’on boit. Dans tous les cas, d’ailleurs, le point est de vider la coupe d’un trait, sans reprendre haleine ni laisser une goutte.» À croire que Bacchus serait à l’origine du binge drinking.

rome-banquet

Vomir, pour mieux se resservir : fallait y penser ! Pourquoi donc se priver de dessert au prétexte d’avoir abusé des petits fours ? Surprenante, cette pratique pourtant courante à Rome a même donné naissance aux vomitorium (bien avant que le terme ne soit repris pour les théâtres romains), pour les invités qui souhaiteraient se vider discrètement avant de s’en remettre plein la panse. De quoi filer la nausée à Gargantua en personne, expliquant probablement que les banquets ne viraient pas en orgie aussi souvent qu’on le croit. Pas question de passer à la casserole n’importe comment. Et surtout pas le ventre vide, si tant est qu’il reste suffisamment d’énergie pour le faire. 

rome-billet

Pas très sexy, vous en conviendrez. Rien d’étonnant au final lorsque l’on sait de quels produits se composaient les fameux banquets : vulve, foie, tétine et cartilage de porc étaient eux aussi « transformés en mets exquis ». Gavés aux deux doigts coupe faim.

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42 réflexions sur « L’art de s’empiffrer à Rome »

  1. Vomir, c’est repartir. 😉 ça me replonge quasi 20 ans en arrière dans les cours d’histoire… j’avais trouvé ça plutôt dégoutant brrrr

  2. Cela coupe l’appétit. Ce qui m’étonne c’est que ils n’ont jamais été décrits comme des obèses. Cela concernait de toute façon que les riches et ils devaient mourir jeunes. Un article très complet en tout cas.

  3. Gerbant!
    De notre côté, nous sommes les siècle qui prône le  » ne rien manger pour être heureux » (pas de lait, pas de viande, pas de gluten, pas de sucre, pas de poisson ….bref, c’est pas mieux!)

  4. Le festin de Trimalcion, un épisode du Satiricon de Petrone représente un repas plus raffiné mêlant chant et danse, plats servis dans de l’orfèvrerie. On y célèbre les excès aussi. Il a été mis en scène par Fellini dans son film « Fellini Satyricon », un vrai morceau de bravoure ! Un film qui a fait forte impression au moment de sa sortie en 1969. A voir ou revoir…

  5. oh se faire vomir, cest peut etre ce que je devrais faire! je reviens d’ecosse et j’ai ramené tellement de bonnes choses que je m’empiffre! ah et j’ai vu le mur d’hadrien!!!! et hadrien avait aussi une appétance pour les hommes (antinous était son amant)

  6. Et bien toutes ces histoires de ripailles me coupent l’appétit !!! En guise de régime, un peu de lecture ça peut pas faire de mal …

  7. Je connaissais la pratique. Dans mes jeunes années, en classe de latin, nous avions même fait des recettes tirées de textes latins. Beaucoup de miel (conservateur et léger antibactérien), assez déconcertant comme résultat!

  8. quand je viens par ici, je me sens toujours un peu plus instruite, tu m’élèves culturellement Polina 😉
    Apparemment ce n’était pas encore la mode de la healthy food!
    bon week end
    flo
    jaivoulutester.over-blog.com

  9. Je crois que tu viens d’inventer le régime du siècle. Là d’un coup d’un seul, je me vois bien me nourrir uniquement d’eau fraîche jusqu’à la fin de mes jours. On en reparle demain matin, ceci dit.

  10. Sans tomber dans les excès de nos amis les Romains, hier la journée a rimé avec ripaille pour moi également !
    Très instructif billet Polina! Bises!
    Jeanne
    http ://fashionmusingsdiary.com

  11. Alors là, Polina tu abordes le sujet qui me turlupine depuis l’adolescence… et ça date 🙂
    S’empiffrer, ils n’étaient pas les seuls mais rester allongés, lors des banquets, cela m’a toujours paru fort inconfortable, sans parler de la digestion.
    Et il me semble qu’ils ne s’absentaient pas pour vomir mais le faisaient directement « à table ».
    Ajouté aux gladiateurs, ainsi qu’aux panem et circenses… l’empire romain dans toute sa décadence…

      1. Un classique de l’humour britannique  » Le sens de la vie  » des Monty Python !
        A voir entièrement 😀

  12. Et on critique la malbouffe… Je retourne illico chez Quick, McDo et le nouveau qui vient de s’installer chez nous, un certain KFC. 😛

  13. Merci Polina pour cet article édifiant. Avant tout, sahe que j’aime beaucoup le dessin de ta page, il te ressemble et te représente bien.
    Je crois que j’ai pris cinq kilos rien qu’en le lisant. 😉 Je me demande ce que recherchaient ces personnes à travers cette débauche de nourriture, ces excès de jusqueboutisme, en dehors de la simple orgie. S’emplir jusqu’à en devenir malade peut-il encore être associé à la notion de plaisir ? De la même manière que ceux qui pratiquent le jeûne vivent en communion avec leur spiritualité, que ressentaient ces gens dans cette pratique renouvellée jusqu’à la petite mort ? Bises

  14. Habitant à Nice, je vais souvent en Italie et il faut bien reconnaitre qu’ils ont dû garder certaines coutumes alimentaires de l’époque.
    Au début du repas on a les Antipasti littéralement « avant les pâtes » qui correspond à une entrée chez nous.
    Puis vient le primo piatto « premier plat » qui est souvent constitué de pâtes ou de riz, ça peut être des lasagnes ou un risotto. Pour moi à ce stade j’ai déjà bien mangé donc, si on veut continuer, c’est là qu’on doit « démanger » beurk….

    Après vient le plat de viande ou poisson avec patates et légumes et bien entendu le dessert poussé par le fameux alcool de citron le limoncello….Tout ça avec du vin, poussez-moi, je roule !

    Enfin tout ça c’est pour la note d’humour mais plus gravement cet article me fait penser à mon amie boulimique, ancienne femme forte qui a perdu 50 kg en 2 ans. Elle s’empiffre toujours mais se fait vomir à tous les repas.
    C’est un rituel psychologique très grave qui entraine un nombre de troubles terribles et je l’incite à consulter.

  15. Une très belle écriture, savaient ils vraiment déguster. ..ou le jeûne était il tabou. ..

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